Partie 1 : Processus
- Contexte général
Au cours des toutes premières années de la pandémie, le VIH/SIDA a été considéré comme un problème exclusivement médical. Par la suite et à mesure de la prise de conscience de l'étendue du drame humain dont il était responsable le VIH/SIDA est apparu comme ce qu'il est, une crise de développement vécue à l'échelle de la planète, et qui menace de remettre en cause tous les progrès accomplis en une génération.
Les chiffres donnés à l'état brut sont suffisamment éloquents. Avec un nombre de personnes vivant avec le VIH évalué aujourd'hui à 40 millions dont les 2/3 en Afrique au sud du Sahara, et plus de 5 millions de nouveaux cas d'infection pendant la seule année 2001, le VIH/SIDA est un immense drame social et humain.
L'Afrique du Nord est restée une zone peu touchée par l'épidémie, avec une progression apparemment plus réduite et plus lente. En Afrique du Nord et au Moyen Orient, les taux d'infection à VIH sont moins bien connus que dans les autres parties du monde; les attitudes généralement conservatrices de ces pays tant au niveau social que politique, empêchent souvent les pouvoirs publics de s'attaquer de façon directe à la question des comportements à risque. Dans ces pays l'estimation du nombre de personnes vivant avec le VIH serait de 210 000 soit moins de 1% du total mondial. Cependant, la régression de certains indicateurs socio sanitaires et économiques mérite une attention particulière des responsables concernés, compte tenu de leur possible impact sur l'évolution du VIH/SIDA.
Source : OMS , ONUSIDA
- Contexte national
- Situation géographique
L'Algérie fait partie de l'Afrique du Nord; d'une superficie de 2 381 741 km2 elle compte sept frontières dont l'immense étendue constitue une contrainte majeure dans la surveillance des mouvements de population. De plus, l'Algérie est un pays soumis au risque d'introduction du VIH, du fait qu'il est un carrefour de deux régions très touchées, l'Europe et l'Afrique Subsaharienne.
- Données démographiques
Depuis le début des années 80, période à laquelle a été adopté le programme national de maîtrise de la croissance démographique, des changements majeurs ont été observés dans le domaine de la population.
La population algérienne est estimée au 1er janvier 2000 à 30.6 millions d'habitants.
Le processus d'infléchissement démographique amorcé dans les années 1980 s'est traduit par un ralentissement important du rythme de croissance démographique depuis 1987, situant le taux d'accroissement naturel à 1.46% en 1999.
La natalité a baissé de manière significative à partir de 1986, pour atteindre en 1999 un taux brut de natalité de 20.21%.
Le taux brut de mortalité se situe à 5.61% en 1999, cette mortalité conformément au schéma universel, étant élevée aux premiers mois de la vie.
L'espérance de vie à la naissance qui constitue à la fois un indicateur de santé et de développement avoisine aujourd'hui les 69 ans.
Les effets de la transition démographique apparaissent au niveau de la structure par âge, avec notamment une réduction de la part des classes d'âge jeunes. Les données du RGPH 1998 confirmaient cette tendance avec:
- les moins de 20 ans qui représentent 48.24% de la population totale
- les 20-59 ans qui représentent les 45.96% de la population totale.
Enfin, le RGPGH 1998 a confirmé la légère prédominance des effectifs masculins, le taux de masculinité étant de 1.02.
De plus, le schéma général de la nuptialité a connu au cours des dernières années des modifications profondes. Si les comportements matrimoniaux ont été caractérisés par une précocité et une forte intensité du mariage jusqu'aux années 1980, un recul très important de l'âge moyen au premier mariage est enregistré en 1998:
- 27.6 ans pour les femmes avec une augmentation de 4 ans de 1987 à 1998
- 31.3 ans pour les hommes avec une augmentation de 3.7 ans pour la même période.
Les naissances hors mariage, qui étaient dénombrées au début des années 1980 à environ 2000 par an, ont augmenté et seraient de près de 5 000 en 1996 (étude sur des données partielles de 13 wilayas du centre).
- Données économiques et sociales
Le PNB par habitant est de l'ordre de 1500 dollars US (sa valeur a été de 1567 en 1996, de 1580 en 1997, de 1551 en 1998).
La décennie 90 s'est caractérisée par une phase de ralentissement de l'activité économique au cours de laquelle la croissance du PIB est restée inférieure à 1% en termes réels.
Il faut rappeler qu'en 1994, face à l'aggravation des déséquilibres financiers l'Algérie a du recourir à un rééchelonnement de sa dette extérieure, et à la mise en œuvre des programmes de stabilisation et d'ajustement structurel pour rétablir ses équilibres macro-économiques.
Au cours de la période 1995-2000, les restructurations industrielles ont touché 1500 entreprises publiques, et se sont traduites par la suppression de plus de 300 000 emplois.
De plus, la population active, estimée à 8.8 millions de personnes à fin 2000, a évolué à un rythme élevé, environ 3.14 % par an sur les dix dernières années; ceci s'est traduit par l'arrivée de flux importants de l'ordre de 250 000 demandeurs d'emplois par an.
Ainsi, le marché du travail a connu une détérioration sans précédent, qu'illustre un taux de chômage passant de 20% en 1990 à plus de 30% en l'an 2000.
Etant donné la corrélation entre la pauvreté et le chômage, l'augmentation de ce dernier est partiellement responsable de la croissance de la pauvreté au cours des années 90. Entre 1988 et 2000, l'incidence de la pauvreté a augmenté, pour passer d'environ 8% à quelques 20% de la population.
En 2000, les dépenses publiques aux programmes de protection sociale représentent 8% du PIB, et 31% de l'ensemble des dépenses publiques.
- Emploi et lutte contre la pauvreté
La question de l’emploi, en tant que facteur de production, générateur de richesse et d’intégration sociale, occupe une place importante dans le processus de développement socio- économique et dans la lutte contre la pauvreté.
Cette question de l’emploi a été abordée au cours de diverses conférences de niveau régional ou national :
- 1ère et 2ème Conférences Nationales sur la Protection Sociale, tenues en mai 2000 et mai 2001
- 1ère Conférence Nationale sur la Lutte contre la Pauvreté et l’Exclusion en Algérie tenue en octobre 2000, et constitue l’une des priorités majeures des pouvoirs publics.
Dans l’attente de la reprise de la croissance économique, le gouvernement a eu recours à des programmes destinés essentiellement à réduire la tension sur le marché de l’emploi et à préserver la stabilité sociale.
- Données liées à l'éducation
En 1997, le taux d'alphabétisation chez les adultes a été de l'ordre de 62%, il varie selon le sexe (74% chez les hommes, 49% chez les femmes). En 1996, les taux d'inscription au secondaire sont respectivement de 64.8% chez les garçons, et de 61.6% chez les filles.
- Données sanitaires
Le développement des structures et du personnel de santé permet une bonne couverture sanitaire du pays. A l'exception de certaines zones sahariennes ou enclavées, les populations ont accès à des structures médicalisées.
En 1998, les infrastructures hospitalières étaient composées de:
- 13 centres hospitalo-universitaires
- 187 secteurs sanitaires
- 31 établissements hospitaliers spécialisés
- 412 maternités publiques
- 49 structures privées
et comptaient prés de 60 000 lits.
Près de 5000 infrastructures extrahospitalières (polycliniques, centres de santé, salles de soins) complétaient le réseau des structures lourdes d'hospitalisation.
La densité médicale pour la même année était de 1 médecin pour 981 habitants et 1 paramédical diplômé pour 670 habitants.
En ce qui concerne la séroprévalence de l'infection à VIH chez l'adulte en Algérie, l'estimation faite par l'OMS est de 0.07%. Il semble que parmi les pays du Maghreb, selon les projections faites par l'OMS, notre pays serait le plus durement touché par le VIH, 2 fois plus que nos voisins, le Maroc (0.03%) et la Tunisie (0.04%).
- Justification :
Le premier cas de sida notifié en Algérie a été diagnostiqué en décembre 1985 depuis, le nombre des cas a augmenté régulièrement pour atteindre 527 cas notifiés de SIDA, et 1183 cas de VIH+ notifiés au 31 décembre 2001.
En 1988, L’élaboration du premier programme à court terme en collaboration avec l’OMS comprenant les différentes mesures d’urgence dans le domaine de la formation, la sécurité transfusionnelle et la surveillance épidémiologique.
En 1989, La mise en place du Laboratoire National de Référence (LNR) et la création d’un comité de lutte contre les MST /SIDA.
En 1990, L’élaboration d’un plan à moyen terme de lutte contre les MST/ SIDA : PMT1 en collaboration avec l’OMS.
En 1991, Le contrôle du sang et des dons d’organes a été instauré.
En 1994 La mise en place d’un programme à moyen terme 2 suite à un atelier national de consensus (PMT2) a couvert la période 1995/1999 et s’est vu prolonger jusqu’au 31 décembre 2001.
En janvier 2000 Dans l’optique d’une meilleure maîtrise de la prochaine planification et afin de tirer le maximum de leçons des actions menées par les différents acteurs, les autorités nationales, de concert avec le groupe thématique ONUSIDA ont décidé d’entreprendre une évaluation finale du PMT2. Cette évaluation a été mené par trois (3) experts : deux (2) nationaux et un (1) international (ONUSIDA).
Les objectifs de l’évaluation étaient l’analyse et l’exécution du PMT2 dans les domaines suivants :
- Pertinence du programme.
- Réalisation des activités
- Atteinte des objectifs
- Régularité du suivi et de l’évaluation
- Coordination entre les acteurs nationaux.
Ce diagnostic s’est achevé par la formulation des recommandations ci-dessous dans la perspective de l’élaboration du programme national de la lutte contre les IST/SIDA 2002 -2006
- Rédaction d’un document de politique nationale de lutte contre les IST/ VIH/ SIDA.
- Mise en œuvre d’un processus de planification stratégique (analyse de la situation, analyse de la réponse et formulation du plan)
- Assurer plus de clarté dans la coordination des responsabilités, la mise en œuvre et le suivi des activités et le développement du mouvement associatif
- Meilleure organisation de l’I.E.C (Information, Education, Communication)
- Elaboration d’un système de formation continue des personnes chargées de l’I.E.C
- Renforcer la surveillance épidémiologique aussi bien du VIH/SIDA que celle des IST
- Contrôle des infections sexuellement transmissibles (IST)
- Prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH)
- Maintien de la sécurité sanguine et des soins
- L’approche de la Planification Stratégique
La planification stratégique, définit non seulement le cadre stratégique de la réponse nationale, c’est à dire les principes fondamentaux. Les grandes orientations stratégiques, et le cadre institutionnel, mais également les étapes intermédiaires à franchir pour changer la situation actuelle en une situation finale à atteindre ou situation objective.
En planification normative en opposition à stratégique- les activités sont planifiées selon des normes universelles supposées être applicables à tous les bénéficiaires, indépendamment de leurs conditions ou situation. La planification stratégique prend en compte les déterminants d’un problème particulier, qui varient selon les populations concernées et en fonction de situation qui peuvent changer rapidement. Un plan stratégique, par conséquent, englobe une dimension normative et une dimension stratégique.
Plus que toute autre maladie, le SIDA renvoie à des déterminants complexes, notamment comportementaux. Une méthode stratégique de planification analyse les principaux facteurs personnels, sociaux et environnementaux qui sous-tendent les comportements exposant les personnes à l’infection à VIH. Ayant identifié ces facteurs, les planificateurs seront en mesure de se concentrer sur les stratégies de nature à modifier la situation.
Le processus de planification stratégique se fait en trois étapes fondamentales et une étape finale qui sont :
- Analyse de situation
- Analyse de la réponse
- Formulation du plan
- Mobilisation des ressources.
- Equipe et méthodes :
- Equipe
L’équipe de planification stratégique est composée de 7 experts nationaux désignés par le gouvernement. Les profils sont les suivants :
- Un gestionnaire
- Trois épidémiologistes
- Un médecin spécialiste en maladies infectieuses
- Un représentant d’ONG
- Une spécialiste en communication
L’équipe a été assistée techniquement par deux experts internationaux ONUSIDA et le conseiller régional ONUSIDA pour l’Afrique du Nord et Moyen Orient. La première expertise a eu lieu avant le démarrage du travail pour expliquer la méthodologie requise pour ce processus, la deuxième pour la finalisation globale du document et la préparation du séminaire de validation.
Les termes de référence (ci joint en annexe N°1) ont été établis par le Groupe Thématique ONUSIDA Algérie et approuvés et soumis par le gouvernement.
L’équipe a été recrutée pour un travail à plein temps sur le processus et la durée devait être de quatre mois avec une marge d’un mois supplémentaire pour finaliser le travail global.
- Méthodologie
L’équipe a démarré l’analyse de situation avec une revue documentaire de toutes les activités liées aux IST/VIH/SIDA.
Tous les secteurs et acteurs nationaux œuvrant dans le cadre des IST/VIH/SIDA ont été consultés.
Un séminaire de restitution de l’analyse de situation s’est tenu et les experts nationaux ont tenu compte de tous les commentaires.
A partir du quatrième mois, des réunions hebdomadaires des experts nationaux avec le point focal ONUSIDA se sont tenues pour faire le suivi et évaluer les besoins futurs ainsi que les contraintes.
Une mission dans la wilaya de Tamanrasset, région à risque, a été effectuée pour intégrer l’aspect spécifique et le plan d’action d’urgence pour cette région dans le Processus global de manière à ne pas l’isoler du reste du pays.
La méthode d’approche retenue est celle proposée dans le document dans les termes de référence pour l’élaboration du processus national de planification stratégique (PPS) (annexe N° 2).
Il y est préconisé, dans un premier temps, l’identification des causes exposant la population en général et les groupes vulnérables et à comportements à risque en particulier aux IST/VIH/SIDA. Il s’agira par la suite de :
- classer par ordre d’importance les causes de cette vulnérabilité
- identifier pour chacune de ces causes les obstacles qui s’opposent au changement
- sérier les opportunités existantes qui favorisent le changement
- déduire les obstacles difficiles voire impossibles à contourner
Une fois les causes, les obstacles et les opportunités identifiés, il s’agira de faire une analyse des dimensions suivantes :
- Les aspects positifs à poursuivre
- Les aspects positifs à élargir
- Les aspects négatifs à redéfinir
- Les aspects négatifs à abandonner
- Les aspects omis et à prendre en considération
En vue d’opérer cette démarche, il est utile et nécessaire de recourir à deux sources d’information.
La première source d’information est constituée par l’analyse de la documentation transmise par les intervenants privilégiés dans la lutte contre l’épidémie. Cette démarche concerne plus particulièrement les institutions s’adressant à des grands regroupements de populations tels que les ministères de la Jeunesse et des Sports, de l’Education, de la Défense, des Affaires Religieuses et de la Justice, etc.
La deuxième source sera constituée d’entretiens ciblés avec des représentants de ces divers secteurs.
- Contraintes
L’équipe d’experts a eu deux contraintes majeures lors des deux premières phases, c’est d’une part le manque d’assistance technique vue que la méthodologie est nouvelle. D’autre part il n’y a pas eu d’assistante pour tous les travaux de secrétariat pendant les quatre premiers mois du travail.
Parmi les difficultés les plus importantes et dont il faut tenir compte lors des prochaines planifications IST/VIH/SIDA, il y a lieu de citer :
- La méconnaissance de la méthodologie du PPS par les experts nationaux ainsi que par les acteurs
- La difficulté extrême à mener le processus sans interruption : en effet, le PPS a démarré le 1er mars 2001, pendant quatre mois puis repris en Mars 2002 jusqu’à fin Avril 2002
- La difficulté d’accès aux documents et études
- La rareté des études et enquêtes dans ce domaine permettant une analyse rigoureuse