Partie 2 : Analyse de la situation
Analyse de la situation en terme de réduction de la transmission et de la vulnérabilité aux IST/VIH/SIDA par les actions de communications sociales (IEC)
Méthode de travail
Avant d’entamer l’exposé des résultats de la recherche rappelons brièvement les éléments indispensables à la mise en place d’un programme IEC. Ils peuvent être résumés ainsi :
- Une bonne connaissance du profil des populations cibles, dans les domaines suivants :
- Sexe
- Lieu probable de l’infection
- Lieu précis de dépistage
- Causes probables de l’infection
- Age du malade
- Catégorie socioprofessionnelle du malade
- Niveau scolaire du malade
- Période probable de l’infection
- Comportements sexuels et culturels, en général
- Existence de réseaux de transmission des messages IEC
- Réseau de diffusion étendu
- Professionnalisme des communicateurs dans:
- Elaboration du message
- Test du message
- Transmission du message
- Contrôle du feed back
- Un environnement favorable à l’émission et à la réception du message et donc à la modification des comportements
- Formation du personnel médical et paramédical
- Système d’organisation administrative et support logistique efficient : gouvernement et ONG
L’analyse des documents qui nous ont été fournis montrent que les actions menées ces dernières années, dans le cadre du PMT II, par les divers intervenants tels que ministères, CNLS, ONG, ont créé les conditions favorables à un approfondissement de leurs actions, bien que certains obstacles nécessitent encore d’être levés. Quels sont ces opportunités et ces obstacles ?
L’exposé des résultats de cette démarche se fera en deux étapes.
La première étape comprendra le compte rendu et l’analyse synthétique des informations qui seront étudiées sous deux dimensions : obstacles et opportunités pour le programme IEC de lutte contre le VIH.
La deuxième étape fera une analyse des actions spécifiques menées par des secteurs clé disposant d’un programme de lutte contre le SIDA. Leurs actions seront restituées dans le contexte des opportunités réelles qu’elles offrent dans la lutte contre le virus tout en en relevant ses insuffisances. Elle sera complétée par des propositions concernant : Les aspects positifs à élargir, les aspects négatifs à redéfinir, les aspects négatifs à abandonner, les aspects omis et à prendre en considération
Introduction
Le graphique ci-dessous introduit ce chapitre plus que prédominant dans le PPS car l’action de prévention la plus efficace se situe au niveau de la fenêtre de l’espoir à savoir la tranche d’âge des 5-15 ans et le seul moyen à ce stade c’est d’établir des messages clairs d’éducation et de prévention contre les IST/VIH/SIDA. Ce graphique a été introduit, ici, à titre essentiellement pédagogique en vue de montrer les formes d’extension potentielles dans le futur, en Algérie, de l‘épidémie.
Graphique 6 :
Dans la perspective de l’élaboration du prochain PNLS, trois recommandations essentielles, dans les domaines relevant de l’IEC, ont été faites par l’équipe d’experts chargée en juillet 2000 de l’évaluation du PMT II. Celles-ci peuvent être résumées ainsi :
- Meilleure organisation des actions d’Information Education Communication (IEC)
- Meilleure élaboration d’un système de formation continue et personnalisée des personnes chargées de l’IEC
- Meilleures actions dans la coordination des responsabilités, la mise en œuvre et le suivi des activités et le développement du mouvement associatif.
Dans cette optique, il s’avère nécessaire de passer en revue ces trois dimensions en vue d’en faire une analyse de situation, une analyse de la réponse et enfin, en nous basant sur ces données premières, de proposer des actions concrètes pour l’élaboration du prochain PNLS.
- Etat des lieux
Connaissance du profil des populations cibles
- Existence d’un système de notification qui permet de connaître : le nombre de personnes contaminées, leur sexe, le mode et le lieu de contamination et la croissance annuelle de la contamination
- Existence d’enquêtes CAP permettant d’évaluer les connaissances liées au VIH SIDA et les comportements de prévention
- Existence de stations de surveillance épidémiologique dans 6 villes du grand sud (Adrar, Timimoun, Ouargla, In Salah, Djanet et Tamanrasset)
Un réseau de sensibilisation et de transmission des messages IEC
- 18 Ministères impliqués dans le CNLS pour la lutte contre le VIH SIDA, plus particulièrement ceux qui ont à charge de grands regroupements humains, cibles potentielles de l’infection : Ministères de la Santé et de la Population, de la Justice, de la Défense, des Affaires Religieuses, de la Jeunesse et des Sports, de la Culture et de la Communication, des Transports et de l’Education
- 7 ONG sont impliquées dans le programme, à travers des programmes d’action concrets
- Existence d’une association de personnes vivant avec le VIH/SIDA
- Comités de wilayas regroupant ONG, MSP, autres secteurs.
- Existence de lignes vertes : MSP ; MJS ; hôpital L.Flici.
- Organisation de multiples séminaires, ateliers d’étude, journées de sensibilisation, commémoration de la journée mondiale de lutte contre le SIDA
- Diversité et multiplicité des supports de communication : dépliants, casettes vidéos, affiches, etc.
- Articles de journaux, actions diverses de sensibilisation de la part des ministères et des ONG.
Un environnement favorable à la transmission de l’information
- Les principes directeurs du pays: lors de la réunion du gouvernement du 28 novembre 1999, celui-ci s’est engagé, officiellement, à renforcer la lutte contre le sida.
- La prise de conscience de la population: Une prise de conscience de la part de la population de la gravité de l’épidémie et de la nécessité de comportements pour l’éviter commence à devenir perceptible. Toutes les enquêtes CAP tendent à le confirmer. On peut citer : Une enquête CAP sur les connaissances, attitudes et pratiques sur les maladies sexuellement transmissibles (MST/SIDA) auprès des jeunes militaires a été réalisée en 1999 en collaboration avec l’OMS et l’ONUSIDA. Elle a touché 5000 jeunes militaires et a permis de recueillir un certain nombre de données qui pourraient servir pour les actions futures d’IEC. Elle révèle une bonne connaissance des modes de transmission de l'épidémie.
- Ainsi on y apprend que 93% savent que la transmission du virus s’effectue à travers les rapports sexuels entre hommes et hétérosexuels, non protégés sans que le travail du sexe y soit clairement mentionné ainsi que par la transfusion sanguine (91%) et l’utilisation des seringues des utilisateurs de drogues injectables contaminés.
- Elle a permis de constater que la majorité des personnes questionnées a été informée sur le SIDA par le biais des Mass Média : 77% par la télévision, 48% par les journaux et 42% par la radio. Ce qui nous informe sur le rôle privilégié que devraient jouer ces organismes dans le système d’IEC et nous renseigne sur le faible impact des journées d’information (30%).
- Information importante : 62% accepteraient de se faire dépister et 87% déclarent qu’il faut consulter un médecin, en cas de doute.
La qualité de l’échantillonnage et des résultats de l’enquête CAP permet d’avoir un très bon aperçu sur les comportements des jeunes militaires et indirectement donc, sur ceux des jeunes algériens en général. Ses résultats pourraient servir de base aux prochaines actions d’information, éducation et communication. Celles-ci devraient avoir comme objectif le changement des comportements tout en privilégiant le recours aux jeunes comme relais organisés en groupes restreints. Dans toutes les enquêtes, ils déclarent s’informer de façon privilégiée entre eux.
Dans cette optique, il faut souligner que des actions d’information/ éducation/ communication ont été menées dans les regroupements de militaires et ont permis la diffusion de dépliants et d’affiches de très bonne qualité du fait de leur simplicité, élaborés par le département en collaboration avec les services du Ministère de la Santé et de la Population (INSP).
Notons, toujours concernant ce département, qu’une seconde enquête portant sur 250 militaires consultant pour des MST n’a, quant à elle, décelé aucun cas séropositif.
- Une autre enquête peut aussi être citée. Elle a été réalisée entre 1998 et 1999 auprès de 266 jeunes âgés de 15 à 30 ans dont les niveaux de scolarisation sont ceux du moyen, du secondaire et du supérieur. Bien que l’échantillonnage ne vise pas à être représentatif de l’ensemble de cette catégorie d’âge, il donne néanmoins des informations très intéressantes sur les comportements sexuels de cette population.
- Ainsi 24% a défini le SIDA comme maladie transmissible, 51% comme maladie mortelle et/ou dangereuse et 27% comme maladie détruisant l’immunité.
- Une nette différence est perceptible entre le Sud où le taux s’élève à peine à 35% et le Nord dans lequel il est de 59% alors qu’aucune différence n’est à relever selon le sexe et l’âge.
- On constate que plus le niveau scolaire s’élève plus le niveau d’information s’améliore.
- En outre, la source d’information la plus fréquemment citée est là aussi représentée par les médias (87%), ce qui tend à démontrer encore une fois l’importance du rôle que doivent continuer à jouer ces moyens de communication.
Bonne formation des personnels en charge des personnes contaminées par le VIH
- 250 personnes ont été formées entre 1996 et 1997 par le MSP à la planification et à la gestion des activités de lutte contre le SIDA, comprenant aussi le personnel exerçant en milieu carcéral.
- Intégration de la prise en charge des MST dans les soins de santé de base
- Séminaires de formation en direction du mouvement associatif
Conclusion
Ce parcours des actions menées par les divers intervenants dans le domaine de l’IEC nous démontre l’existence d’opportunités évidentes pour la lutte contre les IST/VIH/SIDA et peut éventuellement expliquer la faiblesse de l’épidémie. Néanmoins, dans le cadre du lancement du prochain PNLS et le passage à une politique de communication de deuxième génération, c'est à dire plus ciblée, certaines dimensions mériteraient d’être approfondies à travers une plus grande professionnalisation de l’action et à partir de l’expérience déjà acquise sur le terrain.