Partie 3 : Analyse de la réponse
Mécanismes de la réponse en faveur de la lutte contre le VIH/SIDA
- Réponses gouvernementales
L’Algérie a souscrit à l’objectif social de la santé pour tous en adoptant la stratégie des Soins de Santé Primaires dont les grands principes sont : équité, participation communautaire et collaboration intersectorielle. Elle a souscrit à tous les engagements mondiaux et africains (OMS, OUA) en faveur de la santé des populations. La mise en œuvre d’une politique cohérente de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA va de pair avec la volonté politique du gouvernement de mettre en place un système de santé décentralisé, illustré par le Programme National de Lute contre les MST/SIDA. C’est l’ensemble des dispositions stratégiques, des ressources et des structures dont le pays s’est doté pour enrayer la progression de ces maladies dans le cadre de la politique sanitaire en vigueur.
Le Programme se fixe trois objectifs:
- prévenir la transmission du VIH,
- réduire l’impact individuel et familial de l’infection à VIH
- et réduire l’impact du SIDA sur les dépenses de la santé.
Trois phases se sont succédées de 1986 à 2000.
La première phase 1986-1989 s’est illustrée par la création d’un groupe technique mis en place à l’INSP en 1986. Celui-ci composé par des spécialistes de la question a permis une prise de conscience d’une part et d’autre part l’élaboration du premier programme à court terme de lutte contre les MST/SIDA en 1988, en collaboration avec l’OMS visant les mesures d’urgence (sécurité transfusionnelle, formation et surveillance épidémiologique). En 1989, il y a la création d’un Comité National de lutte contre les MST/SIDA par le MSP et la mise en place d’un laboratoire National de Référence.
La deuxième phase relative à la période 1990-1994 comprend l’élaboration d’un premier Programme à Moyen Terme de Lutte contre les MST/SIDA en 1990 (PMT1), toujours en collaboration avec l’OMS, couvrant la période 1991-1993, suivi d’un programme intermédiaire pour la période 1994-1995. En 1994, un Atelier National de Consensus a lieu, regroupant 44 cadres nationaux appartenant à 17 départements ministériels et 3 ONG nationales, coordonné par le Ministère de la Santé et de la Population (MSP). En 1995, l’Agence Nationale du Sang est crée, en charge de toute la sécurité transfusionnelle au niveau national.
La troisième phase relative à la période 1995-1999 comprend l’élaboration du 2ème plan à moyen terme (PMT2), suite à l’Atelier National de Consensus. Dix sept Ministères chefs de file et trois associations nationales ont élaboré des plans sectoriels avec l’appui de la Direction de la Prévention du MSP. Les Ministères impliqués dans l’élaboration du PMT2, couvrant la période 1995-1999 sont les Ministères chargés respectivement, de la santé et de la Population, de la jeunesse et des Sports, de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, du Travail et Affaires Sociales, de la Communication et de la Culture, du Tourisme, des Transports, de l’Intérieur, de la Défense Nationale, des Affaires Religieuses, de l’Industrie et de l’Energie, des PTT et de la Justice.
Au cours de cette période, il y a eu décentralisation effective des activités de lutte contre les MST/SIDA avec une approche multisectorielle. Ainsi 250 personnes ressources réparties à travers tout le territoire national ont été formées en matière de planification et gestion des activités de lutte contre le SIDA et les MST. D’autres formations ont concerné le personnel de santé exerçant en milieu carcéral. De même qu’il y a eu un développement des actions d’information, éducation et communication avec les autres secteurs et leur participation effective à l’organisation de la journée mondiale SIDA à partir de 1996. La surveillance épidémiologique a été renforcée par la mise en place des enquêtes de séroprévalence de l’infection à VIH au niveau de groupes de population ayant des comportements à bas risque (femmes enceintes), à haut risque (patients présentant des IST) et à très haut risque (travailleuses du sexe).
Quatre centres de référence VIH/SIDA ont été crées, dont les missions sont notamment la prise en charge et le suivi des séropositifs et des malades sur le plan biologique, clinique, thérapeutique, psychosocial, la gestion des moyens diagnostiques, thérapeutiques et la formation des personnes de santé. Par ailleurs, d’autres réalisations ont eu lieu. L’intégration du thème MST/SIDA dans le programme de formation des médecins du téléphone 115 (téléphone vert du MSP) et la programmation de la formation pour le personnel du 116 (téléphone vert du Ministère de la Jeunesse et des Sports). L’intégration de la prise en charge des MST dans les soins de santé de base s’est illustrée par l’organisation de plusieurs cours nationaux sur les MST. Des comités de wilayas de lutte contre les MST/SIDA ont été crées, regroupant les personnes ressources formées (santé, autres secteurs, associations).
Le Groupe Thématique ONUSIDA a été mis en place en 1996 en même temps qu’un Programme de Coopération Algérie/ONUSIDA couvrant la période 1996/1997. L’engagement politique s’est illustré par la communication du Ministre de la Santé au Conseil du Gouvernement le 28 novembre 1999, portant sur le Programme multisectoriel contre les MST/SIDA.
La gestion et la coordination du programme sont assurées par la Direction de la Prévention du MSP au niveau central et le Comité National de lutte contre les MST/SIDA. Celui-ci est composé des professionnels de la santé, des représentants des différents Ministères impliqués dans la lutte contre le SIDA et des associations à caractère national. Le Comité est scindé en plusieurs Commissions : Epidémiologie, Prise en Charge, Ethique, IST et Transfusion Sanguine. Au niveau des Wilayas, la gestion est assurée par le service de prévention des Directions de Santé de Population et les Comités de Wilaya de lutte contre le SIDA dont la composition est multisectorielle.
Une évaluation externe du processus du deuxième Plan a moyen Terme (PMT2) en 2000, a relevé un certain nombre d’acquis et de carences. Les acquis sont représentés par le programme du Gouvernement prenant en charge l’épidémie, l’engagement du Ministère des Affaires Religieuses dans ce programme, ce qui a participé à casser le tabou entourant la maladie, la prise de conscience de l’existence du SIDA et des possibilités de prévention et de soins. Les carences sont essentiellement l’insuffisance dans la conception et dans la mobilisation des ressources, la faiblesse dans le processus de coordination, le caractère parcellaire dans la mise en oeuvre et l’absence de suivi des activités du programme.
L’absence de suivi des activités du programme résulte de l’absence d’une cellule de coordination à l’échelon central, chargée de la gestion, de l’évaluation du programme et du suivi des différentes activités des programmes sectoriels. En 2000, il y a eu une tentative de mise en place d’une cellule constituée d’un épidémiologiste, d’un biologiste, d’un infectiologue et d’un médecin légiste. Ceux-ci étaient chargés de régler les problèmes liés aux ruptures de réactifs, de traitements et d’assurer la gestion et l’évaluation du programme. Cependant, cette cellule a trouvé des difficultés à se maintenir en l’absence d’un processus administratif.
Les impacts attendus et les problèmes inhérents à l’avancée du Programme n’ont pas été pris en compte en raison de l’absence des activités au plan épidémiologique, technique et financier par les différents intervenants. Par ailleurs, il n’existe pas d’unité SIDA, dotée de sa propre logistique et d’un centre d’archive et de documentation. Bien qu’il y ait eu un pool important de professionnels de la santé ayant bénéficié de formations sur le VIH/SIDA, il y a une insuffisance de la formation continue, de la supervision et de l’évaluation.
Il y a par ailleurs une faiblesse de la coordination intra sectorielle et intersectorielle.
- Réponses communautaires
Le mouvement associatif a intégré le Programme National de Lutte contre le SIDA dans le cadre du PMT2 en 1994.
Trois ONG avaient participé à l’atelier de consensus et chacune avait présenté un programme à réaliser, il s’agissait d’une association des hémophiles, une association de jeunesse et du Croissant Rouge Algérien.
Des actions spécifiques ont été réalisées lors de cette période, en particulier autour de la célébration de la journée mondiale.
On note une évolution importante du mouvement associatif ces dernières années, outre la création d’ONG thématiques, une ONG d’aide et d’assistance aux PVVIH a été créée.
Malgré l’intensification des activités des ONG en matière de lutte contre le SIDA, on ne dispose pas d’évaluation ou d’impact. Des contraintes d’ordre institutionnel et programmatique entravent le bon fonctionnement du mouvement associatif d’où la nécessité de renforcer ses capacités.