Partie 3 : Analyse de la réponse

Revue des conclusions de l’analyse de situation

Introduction

La réponse nationale se définit comme l’ensemble des actions menées au niveau national : celles du PNLS et les autres. Leur analyse utilise les critères de pertinence, d’adéquation, d’efficacité et d’efficience.

Dans ce rapport d’analyse nous avons répertorié les actions qui doivent être continuées, étendues, réorientées ou abandonnées et celles qui devront répondrent aux domaines non couverts jusqu’à maintenant. La viabilité et la durabilité sont également intégrées aux critères de l’analyse de la réponse.

  1. Revue des conclusions de l'Analyse de la Situation

Les principaux indicateurs de risque, identifiés lors de la Réunion maghrébine sur les comportements à risque de l’infection à VIH (Ghardaïa, avril 1994) et l’Atelier National de Consensus (août 1994) sont représentés par les exclusions et les échecs scolaires, le chômage, la méconnaissance du problème de l’infection à VIH, la mobilité, la migration Sud-Nord incontrôlée, le tourisme commercial informel, le partenariat sexuel multiple, la coexistence d’infections sexuellement transmissibles, la difficulté de l’accès aux préservatifs (disponibilité et coût élevé), l’existence de facteurs socio-économiques et culturels favorisant la migration, la marginalisation, le travail du sexe et les quelques pratiques médicales dangereuses.

La marginalisation s’exprime aussi par l’existence des naissances hors mariage, dénombrées au début des années 1980 à 2000 par an et qui seraient de près de 5000 en 1996. Celles ci mettent aussi en évidence le peu d’utilisation du préservatif. Par ailleurs, au cours de ces dernières années, un environnement favorisant les comportements à risque a vu le jour avec la création de nombreuses boites de nuit et de cabarets dans plusieurs villes du Nord comme Alger, Oran, Annaba, Béjaia, Tizi-Ouzou….Par ailleurs, la détérioration des conditions socio- économiques (augmentation du chômage, diminution du PNB, inflation, pauvreté) sous-tend certains comportements ( travail du sexe , drogue) et de ce fait, accroît la problématique du VIH/SIDA.

Certaines régions méritent une attention particulière comme les wilayas du grand Sud caractérisées par leurs frontières importantes avec les pays de l’Afrique Subsaharienne (3000 km environ). Les entrées et sorties dans le Sud sont incontrôlables et il n’existe que neuf postes frontières. Les frontières du Sud algérien sont difficilement contrôlables. En effet, un flux et reflux permanent et incontrôlable de populations fait la spécificité de cette région. On retrouve dans ces régions une quarantaine de nationalités des différents pays d’Afrique. Les principales motivations du déplacement fréquent de la population sont le commerce, l’immigration, le tourisme, le service national. Le travail du sexe clandestin se greffe sur ce contexte.

Sur le plan épidémiologique l’Algérie fait partie des pays à profil épidémiologique bas. Cependant, vu sa population jeune et sa situation géographique entre les deux continents les plus touchés du monde, l’Europe au Nord et l’Afrique Subsaharienne au Sud, elle n’est pas à l’abri d’une augmentation non négligeable des cas si des mesures préventives rigoureuses intersectorielles ne sont pas mises en œuvre régulièrement.

Le premier cas de SIDA rapporté en Algérie a été diagnostiqué en décembre 1985. Depuis, le nombre de cas a régulièrement augmenté. Au 31 décembre 2001, le nombre cumulé de SIDA maladie confirmé par le Laboratoire National de Référence est de 527 cas, dont 43 nouveaux cas du 1er janvier au 31 décembre 2001, se répartissant comme suit : 71.54 % de cas masculins et 28.48% de cas féminins.

Le nombre de séropositifs confirmés est de 1183 cas dont 125 nouveaux cas du 1er janvier 2001 au 31 décembre 2001. Ce dernier chiffre sous estime la réalité (dépistage passif, le plus souvent chez les donneurs de sang et résultats de quelques enquêtes ponctuelles sur certains groupes à risque). La transmission hétérosexuelle locale domine le tableau épidémiologique ces dernières années, contrairement aux premières années où les personnes étaient contaminées surtout à l’étranger par voie sanguine (toxicomanie ou transfusion).

La tranche d’âge la plus touchée est celle des 20-49 ans (79.13 %), active sexuellement et de ce fait plus exposée au risque. L’analyse de l’incidence selon la répartition géographique indique que certaines wilayas sont à risque du fait d’une forte présence de nationaux résidents à l’étranger dont les femmes sont souvent contaminées. Les résultats de la séro-surveillance sentinelle indiquent que la wilaya de Tamanrasset constitue une zone à risque avec la mise en évidence de l’introduction du VIH dans la population générale (taux de séroprévalence de l’ordre de 1% chez les femmes enceintes). C’est certainement le cas de plusieurs wilayas du sud ayant des caractéristiques socio-économiques et socioculturelles similaires. Ces enquêtes ainsi que des missions sur le terrain ont permis par ailleurs de mettre en exergue un travail du sexe clandestin multiforme généralisé à plusieurs wilayas.

Bien que la situation épidémiologique ne soit pas alarmante actuellement, le risque d’une explosion épidémique n’est pas à écarter compte tenu de certains indices épidémiologiques.

Le mode de contamination hétérosexuel prédominant ces dernières années, la mise en évidence d’une transmission locale, le nombre de femmes de plus en plus séropositives, l’hygiène intra hospitalière défectueuse, l’épidémie de la wilaya de Tamanrasset au confluent des zones les plus atteintes sont autant d’indices qu’il ne faut pas négliger.

L’analyse des déterminants de l’infection à VIH/SIDA met en évidence les groupes prioritaires qui devraient faire l’objet d’une attention particulière pour les prochaines années. Ce sont notamment les jeunes scolarisés et non scolarisés, les femmes et les enfants, les travailleurs du sexe et leurs clients, les militaires et les migrants.