Partie 5 : orientations stratégiques pour le quinquennat 2002-2006

  1. Synthèse des analyses de situation et de réponse nationale aux IST/VIH/SIDA

 

  1. Situation épidémiologique et déterminants de l’infection à VIH

1.1 Epidémiologie du VIH/SIDA

Sur le plan épidémiologique, l’Algérie fait partie des pays de basse prévalence. Cependant, vu sa population jeune et sa situation géographique de zone charnière entre les deux continents les plus touchés du monde, l’Europe de l’Ouest au Nord et l’Afrique Sub-saharienne au Sud, elle n’est pas à l’abri d’une augmentation non négligeable des cas, pouvant être rapide et imprévue, si des mesures préventives rigoureuses intersectorielles durables ne sont pas mises en œuvre régulièrement.

Au 31 décembre 2001, le nombre cumulé de cas malades de SIDA, confirmé par le laboratoire national de référence, a atteint 527 cas, dont 43 nouveaux pour la seule année 2001. L’analyse de l’incidence des cas de SIDA selon la répartition géographique indique que certaines wilayas sont à risque. La wilaya de Tamanrasset présente l’incidence annuelle moyenne la plus élevée (4,83 p. 100 000) et constitue de ce fait un véritable réservoir de virus.

Bien que la situation épidémiologique ne soit pas alarmante actuellement, le risque d’une explosion épidémique n’est pas à écarter compte tenu de certains indices épidémiologiques.

1.2 Déterminants de l’infection à VIH et groupes vulnérables

Les déterminants de l’épidémie VIH en Algérie retrouvé en 2001 sont :

  • Les infections sexuellement transmissibles
  • La vulnérabilité croissante des femmes
  • Un environnement favorisant les situations et les comportements à risque
  • La faiblesse du mouvement associatif et de l’implication de la société civile.
  • La migration nationale et internationale
  • Certaines régions méritent une attention particulière comme les wilayas du grand Sud caractérisées par leurs frontières importantes avec les pays de l’Afrique Subsaharienne. En effet, un flux et reflux permanent et incontrôlable de populations fait la spécificité de cette région. On retrouve dans ces régions une trentaine de nationalités des différents pays d’Afrique.
  • La détérioration des conditions socio-économiques.

1.3 La réponse

En matière de réponse, la surveillance épidémiologique basée sur la déclaration des cas de SIDA a constitué une des mesures d’urgence en 1989 lors du premier programme à court terme. Elle a été renforcée par la mise en place des enquêtes de séroprévalence de l’infection à VIH à partir de 1998 au niveau de groupes de population ayant des comportements à risque différents. Le Comité National de lutte contre les IST/SIDA est scindé en plusieurs Commissions dont celle de l’Epidémiologie, chargée de la surveillance. L’absence de monitoring des activités du programme résulte de l’absence d’une cellule de suivi et d’évaluation.

  1. Dépistage et prise en charge des IST VIH/SIDA

Les infections sexuellement transmissibles, bien que sous déclarées, sont très fréquentes. Par leur diversité et par leurs complications et séquelles, elles constituent un véritable problème de santé publique qui n’a jamais été convenablement pris en charge en Algérie. Les IST constituent encore un tabou et elles sont mal connues des médecins. L’infection à VIH étant elle-même une IST, cohabite souvent avec les autres étiologies favorisant ainsi la transmission du virus.

Le dépistage est actuellement passif. Le dépistage actif est quasi inexistant.

Près de 1200 séropositifs dont la plupart est perdue de vue ne sont pas intégrés dans un circuit codifié de suivi et de prise en charge. Ils constituent de ce fait un danger pour eux (passage au stade de SIDA) et pour l’entourage (risque de transmission).

Les infections opportunistes sont naturellement prises en charge au niveau des services de maladies infectieuses des CHU et de l’EHS Laadi Flici.

Le traitement antirétroviral concerne actuellement 190 malades dont 160 à Alger et 30 à Oran. Il se pose le problème de la prise en charge des cas de VIH/SIDA des wilayas lointaines à l’exemple de celle de Tamanrasset.

       

Depuis 1996, quatre (4) centres de référence ont été crées à Alger, Oran, Constantine et Annaba, auxquels il faut ajouter ceux de Sétif et de Tamanrasset.

  1. Populations vulnérables 

3.1 Travail du sexe

Deux constats montrent l’importance du travail du sexe dans la transmission du VIH/SIDA en Algérie :

  • Il ressort que l’hétérosexualité constitue le mode de transmission le plus fréquent avec 53 % 
  • le travail du sexe " clandestin" constitue la principale source de transmission du VIH/SIDA.

En Algérie, le travail du sexe se pratique sous deux formes : le travail du sexe " légal " contrôlé médicalement par les services de santé et le travail du sexe "  clandestin " non contrôlé.

Dans les rares maisons de tolérance qui existent encore, les travailleurs du sexe bénéficient d’une couverture médicale où sont effectués des consultations hebdomadaires et un dépistage d’IST et de VIH. Une dotation gratuite en préservatifs (selon disponibilité) est effectuée  ainsi qu’une inspection sanitaire dans les lieux de travail. Un soutien moral et médical est dispensé aux personnes infectées par le VIH mais la proportion de femmes pratiquant le travail du sexe qui accède à ces services reste très faible.

Au plan législatif et réglementaire, il existe actuellement un grand vide concernant le travail du sexe en général.

Au total, la situation est alarmante et nécessite dans ce domaine des mesures draconiennes et urgentes car si on ne peut éradiquer le travail du sexe, on peut le contrôler sur les plans sanitaire et préventif.

3.2 Les utilisateurs de drogues injectables 

Contrairement aux années précédentes où la toxicomanie se pratiquait avec des drogues douces, les jeunes s’adonnent de plus en plus aux drogues dures en utilisant des injections, ce qui augmente le risque de transmission du VIH. Il faut ajouter à cela une consommation de plus en plus importante d’alcool et de psychotropes.

3.3 Les prisonniers

Dans les prisons, le risque de transmission se fait par les pratiques sexuelles entre hommes et par la toxicomanie. Pour cette population, il est effectué un contrôle médical par des médecins généralistes à temps plein et éventuellement à la demande, par des médecins spécialistes. De plus, le Ministère de la Justice et le Ministère de la Santé ont créé, au niveau des hôpitaux importants, un pavillon carcéral de 20 à 25 lits chacun, mais l’accès au préservatif pose problème.

 

  1. Réduction de la transmission et de la vulnérabilité aux IST/VIH/SIDA par les actions de communication sociale :

Des actions importantes d’IEC ont pu être réalisées, lesquelles ont abouti à des résultats dont nous allons résumer, ici, les succès et les insuffisances.

  • Un manque d’information qualitative sur les personnes contaminées, une absence d’informations sur la contamination par le biais du travail du sexe, ce qui a pour conséquence un mauvais ciblage des actions d’IEC.
  • Des enquêtes CAP permettant d’évaluer les connaissances liées au VIH SIDA et aux comportements vis à vis de la prévention ont démontré l’existence de pratiques sexuelles à risque et une certaine résistance à l’utilisation du préservatif.
  • Le réseau de sensibilisation et de transmission des messages IEC est constitué de :

- Ministères (18) membres du CNLS, de 7 ONG dont une association de Personnes vivant avec le VIH/SIDA

- Comités de wilayas regroupant ONG, MSP, autres secteurs

  • On relève aussi l’organisation de multiples séminaires, ateliers de formation, journées de sensibilisation, commémoration de la journée mondiale de lutte contre le SIDA
  • Un environnement favorable à la transmission et à la réception des messages IEC.
  • Des formations du personnel en charge des personnes vivant avec le VIH ont été dispensées.
  • Des séminaires de formation ont été organisés en direction du mouvement associatif.
  • Le Ministère des Affaires Religieuses s’est impliqué à travers ses 30 000 mosquées à l’aide de messages de sensibilisation.
  • Certains Ministères regroupant des populations à risque tels que le Ministère de la Défense Nationale, le Ministère de la Jeunesse et des Sports, le Ministère de la Justice, le Ministère de l’Education Nationale, le Ministère de la Santé et de la Population se sont aussi impliqués. Ils constituent des ministères leaders dans la lutte contre l’épidémie.
  1. Rôle de la société civile

La société civile a un rôle prépondérant dans la prévention des populations, mais son implication dans les programmes nationaux de lutte contre le VIH/SIDA s’est fait plusieurs années après l’apparition de l’épidémie en Algérie. Cette situation est due en particulier au statut social de la population infectée et à la jeunesse du mouvement associatif algérien.

Quelques actions ont été réalisées durant le début des années 1990, mais ces dernières étaient ponctuelles et ne reflétaient pas des stratégies spécifiques.

La fin des années 1990 a vu la création de quelques ONG dites thématiques, et aussi d’une ONG des personnes vivant avec le VIH.

La volonté des membres de ces ONG et l’apport quantitatif et qualitatif des partenaires, nationaux et internationaux, ont permis une participation effective à la réponse nationale, par la réalisation d’un nombre important d’activités planifiées (formation d’intervenants auprès des publics cibles, information des groupes structurés et non structurés, conception de supports IEC et distribution de préservatifs…).

Plusieurs contraintes d’ordre institutionnel et programmatique ont réduit la progression des ONG de lutte contre le VIH/SIDA, et ont diminué leurs actions auprès des populations cibles.