L'Algérie est un pays africain à faible prévalence par l'infection à VIH/SIDA (468 cas de SIDA et 997 cas de séropositifs cumulés depuis le début de l'épidémie sont déclarés au 30 septembre 2000). Ces données ont été appuyées par différentes enquêtes chez des sujets atteints de tuberculose, chez des femmes enceintes et des donneurs de sang. Cependant, de par sa situation géographique (au confluent des zones les plus touchées par la pandémie du VIH/SIDA) et compte tenu de certains indices épidémiologiques, la vigilance est de rigueur.
1) Cas de SIDA
- Répartition selon l'âge et le sexe La répartition des cas de Sida notifiés au 30 septembre 2000 est de 468 cas cumulés depuis le début de l'épidémie, dont 335 de sexe masculin (71.58%) et 133 cas de sexe féminin (28.42%) d'après les cas déclarés au Ministère de la Santé Publique (MSP) par le laboratoire National de référence (LNR). Le sex - ratio est de 2.52 soit près de trois hommes atteints par la maladie pour une femme.
TAB. I REPARTITION DES CAS CUMULES DE SIDA SELON L'AGE ET LE SEXE AU 30 SEPTEMBRE 2000 ( Source L.N.R - IPA - Sidi Fredj)
| Sexe | masculin | Féminin | Total | % |
| Age | ||||
| 0-14 ans | 12 | 7 | 19 | 4.06 |
| 15-19 ans | 2 | 1 | 3 | 0.64 |
| 20-49 ans | 273 | 99 | 372 | 79.49 |
| >50 ans | 30 | 12 | 42 | 8.97 |
| Indéterminés | 18 | 14 | 32 | 6.84 |
| Total | 335 | 133 | 468 | 100 |
| % | 71.58 | 28.42 | 100 |
La fréquence maximale est toujours retrouvée chez l'adulte jeune dans la tranche d'âge 20-49 ans, active sexuellement : 372 cas soit 79.49 % des cas ( TAB. I)
- Répartition selon les modes et le lieu de contamination
Au cours de ces dernières années, la voie hétérosexuelle domine le tableau épidémiologique. Il y a deux fois plus de sujets infectés par voie sexuelle (177 cas ) que par voie sanguine (87 cas), ce qui est tout à fait logique, le SIDA étant avant tout une maladie sexuellement transmissible. L'étude du mode de transmission selon le lieu de contamination, montre que pour les cas locaux, le mode le plus fréquemment retrouvé est la voie sexuelle avec 104 cas (57.46 % du total des cas infectés en Algérie). Pour les cas infectés à l'étranger, c'est la toxicomanie qui vient en tête avec 74 cas: (37.00 % du total des cas infectés à l'étranger, TAB. II, tous essentiellement de sexe masculin.
Pour les cas contaminés en Algérie par la voie hétérosexuelle, le sexe féminin est plus touché que le sexe masculin : 55 femmes pour 49 hommes ( X² = 9.62; p = 0.001).
TAB II : REPARTITION DES CAS DE SIDA AU 3O SEPTEMBRE 2000 SELON LE LIEU ET LE MODE DE CONTAMINATION (source L.N.R-IPA- Sidi- Fredj).
| Mode de contamination | Lieu de contamination probable | Total | % | |||||
| Non précisé | Algérie | Etranger | ||||||
| M | F | M | F | M | F | |||
| Transfusion | 2 | 1 | 11 | 8 | 16 | 9 | 47 | 10.04 |
| Toxicomanie | 6 | 0 | 7 | 0 | 70 | 4 | 87 | 18.59 |
| Homosexualité | 2 | 0 | 9 | 0 | 10 | 0 | 21 | 4.49 |
| Toxicomanie et sexualité | 3 | 0 | 1 | 0 | 9 | 0 | 13 | 2.78 |
| Hétérosexualité | 6 | 6 | 49 | 55 | 53 | 8 | 177 | 37.82 |
| Mère-enfant | 2 | 0 | 2 | 4 | 0 | 1 | 9 | 1.92 |
| Non précise | 37 | 22 | 23 | 12 | 18 | 2 | 114 | 24.36 |
| Total/sexe | 58 | 29 | 102 | 79 | 176 | 24 | 468 | 100 |
| Total | 87 | 181 | 200 | 468 | ||||
| % | 18.59 | 38.67 | 57.46 | 100 | ||||
Considérée au début comme une maladie d'importation (le premier mode de transmission a été pendant les premières années de l'épidémie, la toxicomanie), le sida est aujourd'hui à transmission locale: pour 181 cas (36.87%), le lieu de contamination a été probablement l'Algérie.
2/ Séropositifs
Au 30 septembre 2000, 997 cas de séropositifs ont été notifiés par le LNR. Ils ne sont pas représentatifs de la situation réelle mais indiquent cependant certaines tendances, notamment une augmentation de l'infection à VIH.
Commentaires sur la notification
Au plan de la situation épidémiologique, bien que celle ci ne soit pas alarmante actuellement avec 468 cas de SIDA cumulés depuis le début de l'épidémie et près d'un millier de séropositifs cumulés au 30 septembre 2000, le risque d'une flambée épidémique n'est pas à écarter avec tous les indices favorables à une explosion de l'affection. L'hygiène intra-hospitalière est défectueuse, la wilaya de Tamanrasset, au confluent des zones les plus atteintes par le VIH, constitue un véritable réservoir de virus, la mise en évidence d'une transmission locale, le mode de contamination hétérosexuel prédominant, le nombre des femmes sidéennes par transmission autochtone supérieur à celui des hommes, le nombre de femmes de plus en plus séropositives, sont autant d'indices qu'il ne faut pas négliger.
Au plan de la surveillance épidémiologique basée sur la notification, les nouvelles données (recul du stade de SIDA et des décès ) grâce à l'avènement des nouvelles thérapeutiques, indiquent que la déclaration du VIH est devenue nécessaire pour estimer l'incidence des nouvelles infections. C'est la meilleure estimation de l'ampleur du problème. En Algérie beaucoup reste à faire pour améliorer l'information contenue dans la fiche de déclaration.
En outre, ces données ne représentent pas la vraie incidence du SIDA car il n'y a pas de discernement entre VIH ( séropositivité) et SIDA ( cas clinique ). La fiche actuelle de déclaration du VIH/SIDA ne permet pas clairement de mettre les signes cliniques relatifs aux différents stades du SIDA. Une seule fiche VIH/ SIDA peut être revue une à deux fois. Par ailleurs, il n'existe pas d'information sur les décès ni sur le devenir des séropositifs et des sidéens. Il est urgent de mettre au point un système de notification qui permette de tenir compte des trois stades infection - SIDA - décès et d'éviter les doublons. Il est nécessaire de mettre en relation la biologie et la clinique. Il est plus pertinent d'avoir deux fiches distinctes de déclaration du VIH et du SIDA. Elles seront corrélées dans le cadre d'une base de données intégrée.
Il est aussi important de dépister les sujets séropositifs car ils ne sont vraisemblablement par très nombreux et cela permet d'éviter d'autres contaminations. La promotion du dépistage volontaire est le seul moyen d'estimer l'incidence des nouvelles infections par le VIH. C'est la déclaration obligatoire du VIH, à travers un dépistage exhaustif comprenant l'ensemble des structures de dépistage du VIH qui permettra d'apprécier l'importance des nouvelles contaminations et donc l'incidence d'infection.
De plus la perspective actuelle des traitements anti-rétroviraux efficaces est un argument supplémentaire en faveur d'un diagnostic précoce d 'une infection VIH
SURVEILLANCE EPIDEMIOLOGIQUE DE L'INFECTION A VIH BASEE SUR LA SERO-SURVEILLANCE SENTINELLE
C'est actuellement le seul moyen d'apprécier l'ampleur du problème. En attendant le développement du dépistage volontaire anonyme et gratuit, permettant d'estimer l'incidence des nouvelles infections, les enquêtes de séro-prévalence de l'infection a VIH ont été mises en place en 1998 dans certaines wilayas ( Alger, Tamanrasset, Oran... ) pour estimer l'importance de l'infection. L'objectif de ces enquêtes est de suivre les tendances évolutives des taux de séro-prévalence au niveau des groupes à haut risque (patients atteints de maladies sexuellement transmissibles), à très haut risque ( prostituées) et à bas risque (femmes enceintes), selon un protocole basé sur le principe du dépistage anonyme et non corrélé (protocole OMS). La séro-surveillance de l'année 1998 a permis de tester les procédures opérationnelles et la méthodologie de ces enquêtes. Les résultats de l'année 1999 sont en cours d'analyse. Cependant, la wilaya de Tamanrasset a déjà été identifiée comme région à risque puisque quatre femmes enceintes de nationalité algérienne ont été retrouvées séropositives sur environ 400 femmes enceintes dépistées. Ces enquêtes permettront d'identifier les zones à risque afin de mettre en place les stratégies de lutte adaptées.
Commentaires sur la séro-surveillance sentinelle
En réalité, même ces enquêtes de prévalence ont leurs limites car elles ne constituent pas une méthode réactive permettant d'estimer l'incidence des nouvelles infections. Il y a lieu de citer beaucoup de pays africains (Botswana, Burkina-Faso…) dont le système de surveillance épidémiologique, uniquement basé sur ces enquêtes, est complètement dépassé car il ne donne aucune indication sur l'incidence des nouvelles infections et sur le comportement des sujets infectés. De ce fait les stratégies mises en place sont dépassées. Cependant ces enquêtes restent utiles pour apprécier l'ampleur du problème et sa tendance évolutive à un moment donné. Néanmoins, l'avenir de la surveillance épidémiologique du VIH/SIDA dans notre pays, est basé sur le dépistage volontaire et anonyme pour identifier l'incidence des nouvelles infections et sur les études comportementales qui permettront de réadapter les stratégies de lutte contre l'infection à VIH/SIDA.
Les systèmes de surveillance actuels ne tirent pas toujours le meilleur parti des données de la surveillance. Les systèmes de surveillance de deuxième génération donnent des informations qui aident à identifier les personnes à risque d'infection et quels sont les comportements qui les exposent à ce risque.
Pr EG FARES Présidente de la commission Epidémiologie du Comité National de Lutte contre les MST/SIDA