TRAUMATISME DU RACHIS CERVICAL CHEZ L’ENFANT

J.W. FIELDING (105 East 65th street New York N.Y. 10021 –USA -)

 

 

 

DEVELOPPEMENT NORMAL ET SES VARIATIONS

Développement épiphysaire

La connaissance du développement épiphysaire normal est nécessaire pour comprendre les radiographies de l'enfant. Les plaques épiphysaires sont généralement fines, régulières, situées dans des endroits précis et bordées par des lignes denses souschondrales. Les fractures sont irrégulières, n'ont pas de bordure dense, et peuvent être situées n'importe où.

Les deux premières vertèbres cervicales sont particulières dans leur développement. Les cinq autres se développent d'une manière uniforme.

L'atlas, à la naissance, est composé de trois points d'ossification : un pour le corps, un pour chacune des deux parties de l'arc neural. Le point corporéal est quelquefois bifide, il est habituellement absent à la naissance, il apparaît durant la première année de la vie et dans de rares occasions peut rester absent durant toute la vie. Dans ces cas, l'arc antérieur de l'atlas peut se fermer par fusion antérieure de l'arc neural. L'arc neural se ferme vers la troisième année, mais peut rester ouvert. Rarement, il peut y avoir un point d'ossification indépendant apparaissant dans cette région. L'arc postérieur de la première vertèbre cervicale peut se développer partiellement ou rester complètement absent durant toute la vie.

Les synchondroses neuro-centrales reliant l'arc neural et le corps sont bien vues en incidence bouche ouverte ; elles fusionnent vers la septième année de vie et ne doivent pas être confondues avec les fractures.

L'axis se développe à partir de quatre points d'ossification présents à la naissance : un pour chaque partie de l'arc neural, un (et parfois deux) pour le corps et un quatrième pour l'apophyse odontoïde.

Dans l'incidence antéro-postérieure bouche ouverte chez un jeune enfant, l'apophyse odontoïde est prise en sandwich entre les deux parties de l'arc neural. L'apophyse odontoïde ne coupe pas la base apparente de la structure qui apparaîtra au niveau de l'apophyse articulaire de l'axis. Elle se situe bien au-dessous de ce niveau.

L'odontoïde fusionne avec l'arc neural et le corps de l'axis entre 3 et 6 ans, à peu près en même temps que le corps fusionne avec l'arc neural. Toutefois, il n'y a pas d'épiphyse ou de synchondrose visible dans l'axis sur l'incidence bouche ouverte chez un enfant de plus de 6 ans.

Le point d'ossification de l'arc vertébral sur la seconde vertèbre cervicale procure quelques difficultés. Il s'ossifie dans les dernières années de l'enfance, et fusionne avec le corps aux alentours de 25 ans.

L'ébauche cartilagineuse de l'apophyse odontoïde s'ossifie in utero à partir de deux points indépendants : un apparaît de chaque côté de la ligne médiane pendant le cinquième mois de la vie foetale.

Il fusionne sur la ligne médiane au 7 e mois foetal. La persistance de cette ligne verticale ne doit pas être interprétée comme une fracture.

La pointe de l'odontoïde n'est pas ossifiée à la naissance et réalise une image en V. Un petit centre d'ossification connu comme le point d'ossification apical apparaît à l'extrémité entre 3 et 6 ans et fusionne avec la partie principale de l'odontoïde vers 12 ans. Sa persistance est qualifiée d'« ossiculum terminale ».

De la 3e à la 7e vertèbre cervicale, l'ossification se forme à partir de trois points : un pour le corps et un pour chaque côté de l'arc neural. L'arc neural fusionne durant la deuxième ou troisième année et les synchondroses neuro-centrales reliant l'arc neural au corps fusionnent entre 3 et 6 ans.

Sur une radiographie de profil, les zones ossifiées des corps vertébraux ont, chez le jeune enfant, une forme en coin jusqu'à ce qu'elles deviennent quadrangulaires aux alentours de 7 ans. Les articulations de Luschka ne sont pas présentes sur le rachis en croissance.

Les corps grossissent de manière radiaire en se remodelant comme le font les pédicules des arcs neuraux. On rencontre le même processus au niveau des os longs.

Les arcs apophysaires de la partie supérieure et inférieure des plateaux vertébraux commencent à s'ossifier tardivement chez l'enfant et fusionnent avec le corps vertébral vers 25 ans. Ce ne sont pas des épiphyses. Ils ne contribuent pas à la croissance du corps vertébral.

Mobilité

La région cervicale est la zone la plus mobile de la colonne et ce d'autant plus qu'il s'agit d'un enfant.

Parfois, il est difficile de déterminer les mouvements normaux et anormaux, en particulier chez le jeune enfant.

L'amplitude de la mobilité antéro-postérieure entre CI et C2 a été étudiée sur 22 cadavres adultes dans le laboratoire de biomécanique St Luke's Hospital (New York City) avec les trois conclusions suivantes :

- le déplacement antérieur normal de l'atlas peut atteindre 3 mm ,

- quand la distance entre l'apophyse odontoïde et l'arc antérieur de l'atlas est de 3 à 5 mm, le ligament transverse est rompu ;

- quand la distance est de 10 à 12 mm, tous les ligaments sont détruits.

Bien que cette étude n'ait été faite que chez l'adulte, nous pensons que ses conclusions sont applicables à l'enfant, de plus de 8 ans surtout.

Cattell et Filtzer ont mesuré des distances de 3 mm et plus sur des radiographies prises le cou en flexion chez 14 enfants représentant 20 p. cent d'un groupe de 1 à 7 ans.

Une fausse impression d'hypoplasie de l'odontoïde peut être donnée sur une image de profil en extension chez un très jeune enfant parce que l'arc antérieur de l'atlas glisse vers le haut et s'avance au-delà de la partie ossifiée de l'apophyse odontoïde pour arriver contre l'extrémité non ossifiée.

Fausses subluxations

Des chercheurs étudiant les relations entre C2, C3 et C4 en flexion et extension complètes, ont mis en évidence une mobilité excessive entre ces vertèbres.

Ceci est dû à l'orientation des apophyses articulaires qui autorise un déplacement antérieur plus important en flexion. Vers l'âge de 4 à 5 ans, les surfaces articulaires prennent une orientation verticale proche de celle de l'adulte.

Variations de la courbure cervicale

La perte de la lordose cervicale normale en position neutre n'est pas nécessairement d'origine traumatique ; elle est rencontrée chez des sujets normaux.

Parties molles rétro-pharyngées

L'espace entre le rachis cervical et le pharynx dans la région de C3 a été évalué comme étant au maximum de 5 mm chez l'adulte et approximativement les 2/3 de l'épaisseur de C2 chez l'enfant. Une augmentation de sa largeur après un traumatisme est une présomption d'hémorragie ou d'oedème fracturaire.

La largeur de l'image des tissus prévertébraux (tissus mous rétro-pharyngiens) peut être étudiée sur des radiographies de profil prises au repos et pendant une respiration calme. Le pharynx est solidaire de l'os hyoïde et tout ce qui le déplace en avant augmente artificiellement la largeur de l'image prévertébrale.

 

TRAUMATISME DU RACHIS CERVICAL

Fréquence

Les traumatismes du rachis cervical chez l'enfant sont rares, mais plus fréquents entre l'occiput et C3.

Chez l'adulte, au contraire, ils sont plus communs dans la partie basse. Bolman a revu 300 patients hospitalisés pour une fracture ou une luxation récente du rachis cervical et trouve seulement 15 sujets au-dessous de 15 ans parmi lesquels deux avaient une atteinte médullaire par traumatisme obstétrical.

Sur 631 traumatismes du cou, tous âges confondus rapportés par Henry Ford et ses collaborateurs (Hôpital de Détroit), seulement 12, soit 1,9 p. cent, étaient survenus chez des enfants au-dessous de 15 ans, la plupart au niveau du rachis supérieur.

Aufdermaur a décrit une différence entre la radiographie et les résultats de l'autopsie. Il a étudié les pièces d'autopsie rachidienne (de l'occiput jusqu'au coccyx) de 12 sujets jeunes (7 cervicaux, 4 thoraciques et 1 lombaire) ayant subi un traumatisme rachidien. Cliniquement et radiographiquement, une fracture était suspectée seulement une fois. Cependant, dans les 12 cas, les plateaux cartilagineux étaient détachés du corps vertébral dans la zone hypertrophique et calcifiée du cartilage. Il n'y avait pas d'extension vers le corps vertébral ossifié et il n'y avait pas non plus de signe de rupture des disques.

Seules les radiographies des pièces d'autopsie montraient la rupture sous la forme d'une petite fissure béante ou un vide apparent dans l'espace intervertébral.

« Shaken infantile syndrome »

Caffey en 1974 et Swischuk en 1969 ont décrit un cas d'enfant maltraité appelé « whiplash shaken infantile syndrome », dû à des secousses excessives et violentes. Le cou faible de l'enfant ne peut pas supporter des stress de la tête à type de secousses. Des hémorragies intracrâniennes et oculaires provoquant la mort ou des lésions cérébrales latentes, des retards mentaux, des déficits visuels ou auditifs permanents ont été rapportés, associés à des fractures du rachis et des traumatismes de la moelle épinière.

Swischuk a montré que la fréquence des traumatismes médullaires n'est pas aussi élevée que celle des membres ou de la tête. Il a rapporté le cas d'une fillette de 2 ans soumise à des secousses violentes qui auraient entraîné une fracture-dislocation cervicale avec réduction spontanée mais lésion médullaire.

Lésions occiput-Cl

Les lésions occiput-C1 sont rares peut-être parce que le traumatisme lui-même est rare ou parce que le sujet arrive mort, en raison de la létalité des atteintes de la moelle cervicale dans les cas de luxation occiput-C1 spontanément réduite et non reconnue.

Lésions atlas-axis

Les quatre lésions cervicales de la jonction atlasaxis chez l'enfant sont :

- la rupture traumatique ligamentaire

- la laxité ligamentaire secondaire à une maladie inflammatoire locale ;

- les lésions rotatoires

- la séparation de l'apophyse odontoïde.

La gravité du traumatisme de cette articulation très mobile repose sur le fait qu'elle renferme une partie vulnérable de la moelle épinière qui peut être lésée par un déplacement CI-C2. Les artères vertébrales qui apportent un débit sanguin important à la partie supérieure de la moelle et au cervelet sont fixées dans le foramen transverse de CI et C2. Elles peuvent être déplacées vers l'avant et comprimées par le glissement atloïdo-axoïdien, ce qui entraîne des lésions secondaires du tissu nerveux.

Lésions ligamentaires traumatiques

Il a été établi dans diverses études que tout déplacement C1 C2 dépassant 3 mm chez l'adulte entraîne des lésions ligamentaires de l'articulation atloïdoaxoïdienne. Il a également été rapporté que l'espace entre l'atlas et l'apophyse odontoïde pouvait mesurer jusqu'à 3 mm et plus chez l'enfant. Il est raisonnable de supposer que les déplacements supérieurs à 5 mm en flexion correspondent à une lésion ligamentaire atloïdo-axoïdienne, en particulier s'ils sont secondaires à un épisode traumatique.

Watson-Jones a établi que le déplacement antérieur atloïdo-axoïdien est plus grave si l'apophyse odontoïde est intacte car il y a un risque élevé de compression de la moelle contre l'odontoïde.

L'étude du traitement orthopédique de lésions ligamentaires récentes dans cette zone est rare. Nous proposons la réduction en extension, maintenue pendant 8 à 12 semaines dans une minerve ou un halo, suivie de radiographies en flexion-extension. Si le déplacement persiste, la fusion osseuse C1 C2 est indiquée.

Déplacements atloïdo-axoïdiens secondaires à une maladie inflammatoire

En 1830, Bell a décrit pour la première fois la luxation spontanée entre CI et C2. Ses observations étaient remarquables car,elles précédaient de 66 ans l'utilisation des radiographies. Bien que l'anatomie de son .cas soit discutable, nous pensons que l'infection devait être la cause de la destruction du ligament transverse à l'origine de la luxation spontanée, car son malade avait un ulcère de la partie postérieure de la gorge.

Depuis cette époque, il y a eu de nombreuses publications de luxations atloïdo-axoïdiennes non traumatiques, secondaires à une maladie inflammatoire. chronique du cou ou de la gorge.

Hesse et coll., en 1935, analysent 24 cas de la littérature et ajoutent deux cas personnels. Le titre de leur article, « Luxation atloïdo-axoïdienne », ne paraît pas approprié car les radiographies montrent des subluxations.

Grisel, en 1930, décrit le syndrome qui porte son nom. Les diverses causes en sont les maladies rhumatoïdes, les infections respiratoires et pharyngées, la tuberculose. Son mécanisme est discutable. Il paraît secondaire à une distension capsulaire et ligamentaire comparable à celle des luxations septiques de la hanche de l'enfant.

Luxations rotatoires atloïdo-axoïdiennes

Le déplacement rotatoire atloïdo-axoïdien est probablement une des causes les plus fréquentes de torticolis chez l'enfant. Il peut être spontané, survenir après un traumatisme sans importance ou être secondaire à une infection de l'appareil respiratoire supérieur.

Cette déformation persiste rarement, les malades présentant un torticolis rebelle et irréductible bien décrit sous le- terme de « déformation rotatoire atloïdo-axoïdienne » ou « déplacement fixé atloïdoaxoïdien ».

Tous les degrés existent entre la forme anodine, la forme facilement corrigible et la forme grave et fixée.

Étiologie et mécanisme

Le déplacement rotatoire peut survenir spontanément, à la suite d'un traumatisme mineur ou important ou faire suite à une infection respiratoire supérieure selon différents mécanismes. Il est rarement associé à un déplacement antérieur de l'atlas sur l'axis, traduisant une atteinte ligamentaire très importante. Une fracture est rarement la cause du déplacement rotatoire.

Le déplacement rotatoire de CI sur C2 survient en général à l'occasion d'un mouvement d'amplitude normale ; pour des raisons encore inconnues, CI se bloque sur C2 et le malade ne peut pas ramener sa tête en position neutre. L'étiologie de cette forme de subluxation est théorique en l'absence d'études anatomiques suffisantes et de pièces d'autopsie. Il y a de nombreuses théories. Il se produit vraisemblablement une interposition capsulaire et synoviale, provoquant la douleur au début et secondairement une contracture musculaire.

Dans la plupart des cas, tout disparaît en quelques jours, réalisant la subluxation rotatoire banale de l'enfant. Parfois, la situation persiste, avec des contractures permanentes et un blocage rotatoire. Le torticolis provoqué par le déplacement rotatoire atloïdo-axoïdien est identique à ceux d'origine musculaire, des malformations osseuses, des troubles neurologiques (comme les tumeurs de la fosse postérieure) ou des dysfonctionnements visuels.

Analyse radiologique

Les images radiologiques du déplacement rotatoire sont parfois difficiles à mettre en évidence, en partie à cause des difficultés à positionner le patient en raison de la douleur, en partie à cause des difficultés d'interprétation radiologique. L'évaluation des images normales de l'extrémité supérieure du cou peut être difficile en raison d'un défaut d'alignement entre la tête et l'axe des rayons, mais aussi de la présence d'anomalies congénitales qui peuvent survenir dans cette région. Les tomographies et l'étude au scanner sont souvent nécessaires.

Dans un déplacement rotatoire ou un torticolis d'origine musculaire, ou d'autres causes, et parfois

après une simple inclinaison et rotation normale, les images radiologiques suivantes peuvent être présentes sur les incidences antéro-postérieures bouche ouverte ou de profil :

- lorsque la vertèbre a tourné vers l'avant, une masse latérale de C1 apparaît plus large et plus proche de la ligne médiane tandis que la masse latérale opposée paraît plus petite et plus éloignée de la ligne médiane. Une des facettes articulaires peut être cachée en raison d'un chevauchement ;

- sur le cliché de profil, la masse latérale de l'atlas en forme de coin se situe en avant, là où l'arc ovale de l'atlas se trouve habituellement. Les deux parties de l'arc postérieur de l'atlas ne se superposent pas à cause de l'inclinaison de la tête. Ceci peut évoquer une fusion de l'atlas au crâne car avec l'inclinaison, les images du crâne et de l'atlas se superposent. Les tomographies frontales peuvent montrer les masses latérales de l'atlas dans divers plans et faire évoquer

à tort une absence d'une masse latérale de l'atlas qui en fait a tourné et se trouve dans un autre plan.

L'apophyse épineuse de C2 n'est pas déviée de la ligne médiane tant que la rotation de la tête ne dépasse pas 50 p. cent de son amplitude normale (une déviation traduit une rotation de C2 du côté opposé à la déviation). Une flexion latérale, même minime, associée à une rotation en dessous de C1 provoque une déviation de l'épineuse de C2 beaucoup plus importante qu'une rotation isolée. Lors d'une inclinaison d'un côté et une rotation de l'autre, communes à tous les torticolis, l'épineuse de l'axis et la pointe du menton sont situées du même côté de la ligne médiane puisque la rotation de C2 est beaucoup plus importante lorsqu'une inclinaison s'associe à la rotation céphalique.

Les clichés en flexion et extension forcées sont demandés pour rechercher un déplacement antérieur de l'atlas sur l'axis, parfois associé au déplacement rotatoire.

Types de déplacements

Le déplacement rotatoire peut être classé comme suit :

- type I : déplacement rotatoire simple sans glissement antérieur de CI ;

- type II : déplacement rotatoire avec glissement antérieur inférieur ou égal à 5 mm (le déplacement antérieur supérieur à 3 mm chez l'enfant âgé et l'adulte et supérieur à 4 mm chez le jeune enfant est considéré comme pathologique) ;

- type III : déplacement rotatoire avec glissement antérieur supérieur à 5 mm ;

- type IV : déplacement rotatoire avec glissement postérieur.

Le type I est de très loin le plus fréquemment rencontré en pathologie pédiatrique. C'est une lésion très bénigne qui ne nécessite qu'une surveillance.

La déformation de type II, moins fréquente, est potentiellement plus dangereuse et doit être traitée de manière très précise.

Les déformations de types III et IV sont rares, mais à cause du risque neurologique et de la possibilité de mort subite, elles doivent être traitées avec d'extrêmes précautions.

État clinique

Le déplacement rotatoire atlas-axis est essentiellement une lésion de l'enfant, bien qu'il puisse survenir de temps en temps chez l'adulte. Le début est en général brusque, spontané, faisant suite à une infection de l'appareil respiratoire, à un traumatisme mineur ou très rarement à un traumatisme important.

Il est exceptionnel que des troubles neurologiques soient présents, traduisant alors une atteinte grave du complexe atloïdo-axoïdien et des structures nerveuses.

Traitement

Si les symptômes sont mineurs, nous proposons un simple collier cervical souple et des antalgiques. Une minerve de traction, des myorelaxants, des antalgiques peuvent être nécessaires pendant quelques jours dans les cas plus avancés. S'il n'y a pas de déplacement antérieur évident, les soins doivent être simplement continués jusqu'à disparition des symptômes cliniques. Si l'atlas est déplacé vers l'avant, la traction en minerve avec réduction et immobilisation en position corrigée doit être poursuivie six semaines pour permettre la cicatrisation ligamentaire. Une surveillance soigneuse est nécessaire en raison du risque permanent d'instabilité atlas-axis. Il est très rare que ces déformations soient irréductibles. La stabilité atlas-axis est compromise, surtout lorsqu'il existe un déplacement antérieur de CI, et un traumatisme secondaire peut être catastrophique. D'après notre expérience de 17 cas, nous pensons que la fusion CI C2 doit être réalisée pour obtenir une stabilité et maintenir la correction dans les circonstances suivantes :

- atteinte neurologique

- déplacement antérieur de C1

- échec pour obtenir et maintenir la correction dans les déformations de plus de 3 mois ;

- récidive de la déformation survenant après un traitement conservateur correct ayant comporté au moins 6 semaines d'immobilisation.

Fractures de l'odontoide

Les fractures de l'apophyse odontoïde chez l'enfant sont en réalité des glissements épiphysaires et devraient être appelées des décollements cartilagineux. La ligne de cartilage à la base de l'odontoïde a l'aspect histologique d'une synchondrose plus que d'une épiphyse et fusionne beaucoup plus tôt qu'une épiphyse normale.

Ces traumatismes sont fréquemment associés à un traumatisme crânien, avec une transmission des forces vers le rachis cervical supérieur. L'absence de complications et les résultats en général bons chez les jeunes enfants contrastent avec les complications telles que les pseudarthroses et séquelles neurologiques tardives fréquentes chez les adultes.

Nous proposons la réduction de ces lésions par le repos au lit en hyperextension, comme l'a conseillé Sherk, suivie d'une minerve pour une durée moyenne de douze semaines en fonction des conditions cliniques. Après ablation de la minerve, nous recommandons la réalisation de radiographies en position forcée. S'il n'y a pas de déplacement, un collier mou peut être porté pour une ou deux semaines. Si la réduction ne peut pas être obtenue par le repos au lit et l'hyperextension, une traction crânienne par collier est proposée.

La traction par étrier crânien et les manipulations sous anesthésie générale doivent être réservées aux cas totalement irréductibles par un traitement conservateur.

Chirurgie

La chirurgie sur le rachis de l'enfant diffère quelque peu de celle de l'adulte, mais les délais de fusion moyens sont plus raccourcis. En général, la fusion rachidienne chez l'enfant est facile et, par conséquent, il est prudent de n'exposer que la seule zone vertébrale qui doit être concernée par l'arthrodèse.

Une dissection extensive au-dessus et au-dessous de cette région aboutit fréquemment à une fusion progressive indésirable englobant les lames voisines sus-et sous-jacentes.

L'arthrodèse atloïdo-axoïdienne est réalisée de la même manière que chez l'adulte, mais en prenant soin d'éviter l'exposition de la base du crâne et de l'occiput ou de C3 en raison du risque d'extension de la fusion à ces étages.

 

Figure 1. Dessin de la première vertèbre cervicale (Atlas). A : Corps vertébral à la naissance. Le centre d'ossification (parfois deux centres d'ossification) apparaît dans la première année de la vie. Le corps peut ne pas se développer, laissant les lames croître en avant pour le remplacer. C : Lames : les deux apparaissent à la 7e semaine de vie foetale. La partie antérieure de l'articulaire supérieure vient habituellement du corps. D : La synchondrose de l'épineuse se fusionne à la troisième année de vie. Exceptionnellement, on constate l'apparition d'un centre d'ossification secondaire dans la synchondrose avant sa fusion. F : La synchondrose centrale se fusionne vers la 7e année de vie. K : Chez l'adulte, le ligament entourant l'encoche vertébrale supérieure peut s'ossifier.

 

Figure 2. Dessin de la 2e vertèbre cervicale (axis ou épistropheus). A : Corps vertébral. Il apparaît au 5e mois de vie foetale. C : Lames : les deux apparaissent au 7e mois de vie foetale. D : Les lames se fusionnent en arrière à la 2e ou 3e année de vie. E : Apophyse épineuse bifide (parfois, on note un centre secondaire d'ossification sur chaque bout). F : La synchondrose centrale se fusionne entre la 3e et la 6e année. G : Anneau épiphysaire inférieur. Il apparaît à la puberté et se fusionne à 25 ans. H : Centre d'ossifications apical de l'odontoïde. Il apparaît entre la 3e et la 6e année et se fusionne à 12 ans. I : Odontoïde. Deux centres d'ossification séparés apparaissent au 5e mois de vie foetale et se fusionnent ensemble au 7e mois de vie foetale. J : La synchondrose entre l'odontoïde et les lames se fusionne entre la 3e et la 6e année. L : La synchondrose entre l'odontoïde et le corps vertébral se fusionne entre la 3e et la 6e année. M : Face postérieure du corps vertébral et de l'odontoïde.
ose entre l'odontoïde et le corps vertébral se fusionne entre la 3e et la 6e année. M : Face postérieure du corps vertébral et de l'odontoïde.

 

Figure 3. Dessin d'une vertèbre cervicale typique de C3 à C7. A : Corps vertébral. Il apparaît au 5e mois de vie foetale. B : Portion antérieure (costale) de l'apophyse transverse. Elle peut se développer à partir d'un centre d'ossification indépendant, à partir du 6e mois de vie foetale pour se fusionner à la lame à la 6e année. C : Lames. Elles apparaissent entre la 7e et la 9e semaine de vie foetale. D : Synchondrose. Entre les apophyses épineuses. Elles se fusionnent entre la 2e et la 3e année. E : Centres d'ossification secondaires des épineuses bifides. Ils apparaissent à la puberté et se fusionnent à l'apophyse centrale. Elles se fusionnent à l'apophyse épineuse à 25 ans. F : Synchondrose centrale. Elle se fusionne entre la 3e et la 6e année. G : Anneaux épiphysaires supérieur et inférieur. Ils apparaissent à la puberté et se fusionnent aux corps vertébraux à 25 ans. La 7e vertèbre cervicale est quelque peu différente avec son apophyse épineuse longue, massive et non bifide.
usionnent aux corps vertébraux à 25 ans. La 7e vertèbre cervicale est quelque peu différente avec son apophyse épineuse longue, massive et non bifide.


Figure 4.

4A. A : L'épiphyse à la base de l'apophyse odontoïde est soulignée par une petite flèche. Elle est localisée en bas de l'apophyse articulaire supérieure de l'axis. Les synchondroses entre le corps vertébral et les lames sont soulignées par de grandes flèches. Juste au-dessus, on retrouve ces synchondroses entre l'apophyse odontoïde et les lames. On constate que l'apophyse odontoïde entoure le corps vertébral et qu'elle est coincée entre les deux lames. L'épiphyse et les synchondroses s'unissent pour former un H.

 

4B. B : La pointe bifide de l'apophyse odontoïde chez un enfant de 5 ans avec son centre d'ossification apical.


Figure 5.

5A. A : Radiographie d'une fillette de 18 mois prise au repos. Bien que la limite postérieure du pharynx soit plus antérieure que chez l'adulte, elle demeure rectiligne et normale.

 

5B. B : Radiographie d'une fillette de 12 mois présentant une augmentation de l'espace rétropharyngé, entraînant un cri de haute tonalité en fin d'expiration (à noter l'absence d'ossification de l'arc antérieur de l'atlas).

 

Figure 6. Radiographie prise en extension chez un très jeune patient, montrant qu'il est possible que l'arc antérieur de l'atlas puisse glisser vers le haut en dépassant la partie ossifiée de l'apophyse odontoïde laissant une fausse impression d'hypoplasie de l'odontoïde.

 

Figure 7. Subluxation rotatoire fixée de l'atlanto-axiale de plus de 2 ans. Le diagnostic n'a pas été fait malgré des examens répétés. La tête est tournée vers la droite et basculée sur la gauche. Il y a un petit aplatissement du côté gauche de la face. Le patient est âgé de 11 ans et sa déformation peut être exagérée mais pas corrigée.

 

Figure 8. Le massif articulaire a pivoté en avant de l'odontoïde.

 

Figure 9. La pointe de l'épineuse de la 2e vertèbre cervicale est du même côté que le menton par rapport à la ligne médiane. Cette découverte est pathognomonique d'une subluxation rotatoire de la 1re et de la 2e vertèbre cervicale. Si elle est irréversible. L'articulaire de l'atlas déplacée vers l'avant apparaît plus large et plus près de la ligne médiane.

 

Figure 10. Déplacement antérieur de l'apophyse odontoïde au niveau de la ligne épiphysaire chez un enfant de 17 mois.


Figure 11.

11A. A. : Subluxation de C2 sur C3.

 

11B. B. : Six mois plus tard, la subluxation est accrue et ne peut être réduite en extension. Une lordose secondaire du rachis cervical inférieur s'est développée secondairement.