TRAUMATISMES DE L’ABDOMEN CHEZ L’ENFANT

J.M. GUYS (CHRU - Marseille)



INTRODUCTION

Le traumatisme de l’abdomen chez l’enfant est très fréquent que ce soit au cours de jeux ou d’accidents de la voie publique (80 % des cas). Outre ces causes classiques accidentelles, l’enfant entre 2 et 4 ans est encore plus vulnérable au traumatisme abdominal du fait de sa tendance à l’exploration d’un environnement souvent hostile. L’augmentation des lésions traumatiques dans cette tranche d’âge (9 %) est due à l’importance des accidents domestiques. Les sévices sont eux aussi responsables de lésions et ne doivent pas être sous estimés. (6 % des cas).

Bien qu’il puisse être isolé le traumatisme de l’abdomen est souvent rencontré dans un contexte de polytraumatisme. La lésion intra-abdominale peut être secondaire à un traumatisme fermé, ce qui est le cas dans 95 % des cas, mais aussi à une lésion pénétrante. Parmi l’ensemble des patients qui seront hospitalisés pour traumatisme de l’abdomen fermé, 30 % auront une lésion d’un organe plein ou creux intra-abdominal et 4 % décéderont soit du traumatisme abdominal lui-même, soit des lésions associées. L’accident chez l’enfant reste encore la cause majeure de décès.


I - LE MECANISME DES LESIONS - LES PARTICULARITES DE L’ENFANT

L’abdomen de l’enfant doit être en fait intégré dans le complexe appelé tronc, rassemblant le thorax, l’abdomen, et le pelvis. Une lésion par contusion directe, thoracique basse, à fortiori une lésion pénétrante située en dessous de la ligne mamelonnaire peut parfaitement léser un organe plein intra-abdominal. Les organes intra-abdominaux sont mal protégés, car la cage thoracique, en particulier les dernières côtes ne sont pas ossifiées et la paroi abdominale, elle-même, aussi bien antérieure que postérieure, vu la faible épaisseur musculaire ne permet aucune réelle protection. C’est ainsi que le rein est considéré comme un organe abdominal chez l’enfant du fait de son volume et de sa mobilité proportionnellement plus importante que chez l’adulte. Enfin, certaines malformations congénitales non encore traitées ou diagnostiquées peuvent être un facteur favorisant la lésion post-traumatique (anomalie splénique, malformation rénale, trouble de la crase sanguine).

Le mécanisme lésionnel peut classiquement être différencié en traumatisme direct et indirect. Le traumatisme direct, réalisé lors d’une collision volontaire (sévices) ou involontaire (accident), réalise une lésion à la fois pariétale (érosion, hématome, ecchymose), mais aussi intra-abdominale par le transfert de l’énergie cinétique à l’organe intra-abdominal, à travers la paroi. Par exemple la contusion directe du duodéno-pancréas (coup de poing, guidon). La décélération brutale sans contusion directe peut aussi entraîner une rupture d’ organes pleins ou creux intra-abdominaux. Contusion, voire rupture du tube digestif surtout au niveau de ses deux points fixes (angle de Treitz , angle iléo-caecal). Cette décélération s’exerçant sur un organe plein entraînera une véritable fracture de celui-ci (rate, rein, foie). Enfin, la brutale hyper pression intra-abdominale, peut entraîner une rupture des parois de l’abdomen comme le diaphragme, voire le périnée au niveau de leurs points faibles respectifs : coupole gauche (non protégée par le foie), rectum ou vagin au niveau périnéal.

La lésion traumatique quel que soit le mécanisme lésionnel, sera directement dépendante de la masse, que ce soit celle de l’objet contondant ou de la victime et de la vitesse avec laquelle le choc s’est réalisé; ces deux facteurs déterminant l’énergie cinétique. On retrouve plus d’hématomes ou d’ecchymoses dans la contusion directe, plus de ruptures dans les lésions de décélération des organes pleins. Souvent chez l’enfant, la masse de l’agent traumatisant est proportionnellement plus grande que chez l’adulte. C’est ainsi que les lésions peuvent être plus importantes. Celles entraînées par une arme à feu, du fait de la très haute énergie cinétique transmise sont graves et peu prédictibles. L’arme blanche est moins dangereuse si l’on ne considère que son potentiel lésionnel et non l’organe touché.


II - L’EXAMEN CLINIQUE INITIAL

Il doit être complet et systématiquement réalisé en respectant la classique hiérarchie préconisée lors de la réception du traumatisé où les priorités sont l’examen respiratoire, cardio-vasculaire et neurologique. L’examen de ces appareils doit en effet permettre de faire le point rapide sur les constantes vitales et mettre en oeuvre immédiatement les moyens de réanimation appropriés.

L’examen de l’abdomen n’est néanmoins pas retardé et se doit lui aussi d ’être systématique.

- L’interrogatoire si possible, analysera les douleurs éventuelles (siège, type, intensité, facteurs de sédation), leur projection (fréquemment scapulaire en cas de traumatisme de l’étage sus-mésocolique) et le type de traumatisme.

- L’inspection pourra être riche d’enseignement : marques traumatiques (ceinture de sécurité, érosion, abrasion, hématome). Rythme respiratoire et mobilité respiratoire de l’abdomen. Aspect général (lividité, sueurs, circulation collatérale).

- La palpation des organes intra-abdominaux, (rate, foie, loge rénale) devra tenir compte aussi des limites de la cavité abdominale. La recherche de douleurs costales à la palpation, et la palpation superficielle, afin de vérifier la qualité de la paroi musculaire doivent être systématiques (fausse contracture abdominale).

- L’auscultation permettra de constater s’il existe un iléus réflexe ou l’existence de bruits anormaux intestinaux dans une aire considérée à priori comme exempte de tube digestif
(aire pulmonaire).

- La percussion pré-vésicale, pré-hépatique à la recherche d’un hyper tympanisme, (pneumo-péritoine) ou d’une matité (globe vésical) devra rechercher l’existence d’un épanchement liquidien par le signe du flot.

- L’examen des organes génitaux externes : sang dans le scrotum, hématome des grandes lèvres, signes d’une fracture du bassin et le toucher rectal complètent cet examen clinique à la recherche de lésions périnéales (abus sexuels).


Cet examen clinique devra être répété,
en particulier après sédation de l’enfant ou mise en place d’une sonde gastrique ou d’une sonde vésicale. Ces deux derniers gestes peuvent en effet changer radicalement les conclusions tirées de l’examen de l’abdomen. (Contracture et douleur dues à un globe vésical, à une dilatation gastrique aiguë).


III - LES EXAMENS COMPLEMENTAIRES

Si la clinique reste souveraine dans le choix des examens complémentaires, l’expectative clinique seule n’est plus de mise. Les diagnostics trop tardifs ne peuvent plus être excusés du fait des facilités de l’ imagerie actuelle.

Le bilan biologique : la formule-numération sanguine, le ionogramme et le dosage de certains enzymes (hépatiques et pancréatiques) font partie à la fois des éléments cliniques objectifs du diagnostic et de la surveillance. (Etat hémorragique, lésion pancréatique, équilibre hydro-électrolytique, état infectieux)

Les examens proprement radiologiques ne doivent être réalisés qu’après s’être assurés de la stabilité des constantes vitales du patient.

La radiographie du thorax de face toujours, de profil parfois, permet de révéler une contusion parenchymateuse, de rechercher un trouble de la ventilation, un épanchement pleural (sang et air) et une éventuelle lésion médiastinale (élargissement). La coupole diaphragmatique doit être suivie et ce, bilatéralement.

L’abdomen sans préparation de face, couché, de profil en décubitus avec rayon horizontal (le cliché debout étant illusoire) vérifiera la bonne répartition des clartés gazeuses intra-abdominales, des ombres portées de la région hépatique ou splénique, des limites des psoas, étudiera les parois de l’abdomen : diaphragme, ceinture pelvienne, dernières côtes.

L’échographie abdominale : elle est systématiquement réalisée lors du bilan initial. La recherche d’un épanchement liquidien , de lésions parenchymateuses, (hépatique, pancréatique, splénique ou rénale) pourra être effectuée. Ces lésions parenchymateuses sont en règle sous-estimées par cet examen. L’écho Doppler, en particulier, pour l’étude des loges rénales est souhaitable, car cet examen permet de vérifier l’intégrité de la vascularisation même s’il ne donne pas de renseignement fonctionnel. Si l’échographie peut être considérée comme excellente dans la détermination de l’existence d’un épanchement liquidien à la phase initiale du bilan du polytraumatisé, elle n’est que peu contributive dans le diagnostic lésionnel , mais reste par contre, excellente dans le suivi de la lésion traumatique intra-abdominale.

Le scanner d’obtention plus facile actuellement, peu invasif, présente de nombreux avantages. Il réalise une analyse morphologique du parenchyme et permet une bonne description des lésions. L’injection vasculaire et l’opacification éventuelle du tube digestif autorise l’étude fonctionnelle de la plupart des organes intra-abdominaux. La majorité des lésions est ainsi diagnostiquée avec un seul examen.

L’urographie intraveineuse (dont un cliché est réalisé systématiquement après le scanner), permet de visualiser la fonction excrétoire de l’appareil urinaire supérieur. L’urographie intra veineuse n’est indiquée que dans le cas où l’échographie Doppler ou le scanner ne peuvent être réalisés devant la suspicion d’une lésion rénale.

La ponction-lavage du péritoine n’a plus de place réelle; le principe en consistait à introduire et faire circuler une certaine quantité de liquide à l’intérieur de la cavité péritonéale, puis à le recueillir et en étudier l’aspect macroscopique et microscopique. Cet examen qui était considéré comme un miroir des lésions viscérales n’a sa place à l’heure actuelle que devant l’insuffisance de tous les autres moyens d’imagerie.

Les scintigraphies isotopiques : celles-ci font preuve d’une très grande sensibilité, mais ne sont en règle, pas utilisées en urgence, mais plutôt dans la surveillance à long terme. Elles ne permettent pas en effet, la détection d’un saignement intra-abdominal, ne donnent pas de précision anatomique sur les lésions et sont en règle trop spécifiques d’un organe pour détecter des lésions associées.

L’étude cytologique des différents excretats recueillis lors de la mise en place d’une sonde gastrique ou urinaire peut être riche d’enseignement : hématurie microscopique ou saignement digestif haut. L’existence d’une coloration inhabituelle des selles, voire d’un écoulement anormal nasal doit être documentée par un examen chimique, cytologique et bactériologique.


IV - AU TERME DU BILAN INITIAL : LES ELEMENTS DE DECISION

Les tout premiers éléments du bilan initial clinique et para-clinique visent à évaluer le risque vital et assurer la survie du patient. Si les constantes vitales ne peuvent être maintenues et que la lésion intra-abdominale est supposée être à l’ origine de la détresse (choc hémorragique par rupture d’organes pleins, traumatisme pénétrant grave), le patient sera en règle conduit au bloc opératoire rapidement. Dans les autres cas, le bilan clinique et para-clinique devra effectuer le diagnostic lésionnel le plus précis possible afin d’adapter la thérapeutique et de tenter d’établir le pronostic.

Il faut donc se rappeler que :

- tout accident peut entraîner une lésion intra-abdominale, même sans point d’impact,
- il n’ y a pas de parallélisme anatomo-clinique chez l’enfant lors des premières heures après un traumatisme,
- le diagnostic lésionnel passe après avoir assuré la survie et le maintien des constantes vitales,
- rien ne remplace l’examen clinique et plus encore, l’examen clinique itératif

- les examens complémentaires sont indispensables au diagnostic lésionnel et à l’adaptation de la thérapeutique :les radiographies simples du thorax et de l’abdomen associées à un scanner abdominal sont les meilleurs moyens d’imagerie dans le cas du traumatisé abdominal.


V - LES LESIONS ABDOMINALES : PARTICULARITES ET CONDUITE THERAPEUTIQUE

Le traitement conservateur des traumatismes abdominaux est la règle en pédiatrie : 80 % des enfants présentant une lésion intra-abdominale ne seront pas opérés. 15 % seulement des enfants présentant une lésion hémorragique intra-abdominale seront opérés pour contrôler le saignement. Cette abstention opératoire ne se justifie que lorsque les 3 conditions suivantes sont réunies :

- une certitude diagnostique : une lésion isolée d’un organe intra-abdominal ne se traite pas de la même façon si elle est associée à d’autres,
- l’existence d’une unité de réanimation : l’enfant doit pouvoir être surveillé de façon continue, toutes ses constantes vitales étant monitorées,
- une équipe chirurgicale avertie et opérationnelle rapidement.


A - LES LESIONS SPLENIQUES

La vascularisation de la rate est particulière : elle est radiaire et segmentaire, ceci expliquant les possibilités d’hémostase spontanée, la majorité des fractures de rate étant transversales et donc parallèles à cette vascularisation.

Elles sont souvent associées à une lésion du rein gauche. La douleur à l’épaule gauche est fréquente. Elles sont suspectées devant l’existence d’une fracture de côte, d’une surélévation du diaphragme, d’un élargissement de l’ombre splénique à la radiographie de l’abdomen. C’est en régle la cause première des hémorragies intra-péritonéales. L’échographie authentifie le saignement et peut visualiser la fracture.

La majorité des lésions spléniques ne seront pas opérées (80 % des cas). Dans le cas d’une intervention chirurgicale, le traitement conservateur est de règle : réalisation de sutures parenchymateuses, utilisation de colle biologique, contention externe par filets résorbables etc.. Le traitement conservateur des lésions spléniques est justifié du fait du risque infectieux post-splénectomie majeur lorsque l’enfant est d’âge inférieur à 5 ans. Ce risque est maximal dans les 2 premières années après la splénectomie. Ce type de complications infectieuses survient chez 1 à 1,5 % des splenectomisés. La mortalité reste supérieure à 50 % des cas. Si l’hématome sous-capsulaire est fréquent la rupture secondaire est rare; le tableau d’hémorragie interne est classique et le diagnostic à priori aisé, mais sa gravité vient du fait qu’elle était souvent méconnue et qu’elle se produisait dans des conditions diagnostiques difficiles entraînant du fait de l’absence de notion étiologique un retard au traitement.


B - LES LESIONS HEPATIQUES

Le diagnostic est réalisé dans les mêmes conditions que celui d’une fracture de rate. Le foie droit est le plus souvent lésé. La visualisation d’une fracture au niveau du dôme hépatique est très difficile à l'échographie. La possibilité de lésions biliaires associées rend utile un diagnostic lésionnel précis : utilisation des images scanographiques avec injection, ainsi que si besoin, de la scintigraphie à l’I.D.A. marquée au technetium 99 m. En cas d’intervention chirurgicale, l’hémostase sélective artérielle et veineuse (vascularisation systémique et portale), ainsi que biliaire est nécessaire. L’hépatectomie pour lésion hémorragique reste un geste très difficile entraînant une morbidité non négligeable. Elle est réservée aux centres spécialisés.


C - LES LESIONS PANCREATIQUES

Le pancréas est un organe bien protégé par sa localisation profonde au niveau de la cavité abdominale et sa fixité. Mais, il est en fait, très vulnérable à la compression ou aux chocs directs du fait de sa situation immédiatement pré-rachidienne (billot vertébral). Il est atteint dans 5 % des traumatismes de l’abdomen.
Le diagnostic de lésion pancréatique est souvent retardé car les signes manquent de spécificité : douleurs abdominales, vomissements bilieux, pleurésie associée dans 20 % des cas; l’iléus réflexe (arrêt des gaz, silence abdominal) est fréquent dans tout traumatisme de l’abdomen , seule l’augmentation de l’amylase si elle est très importante est significative. Le diagnostic échographique et scanographique est cependant facile. Les risques de pancréatite post-traumatique et de pseudo-kyste sont fréquents et surviennent 3 à 4 semaines après le traumatisme.
Le traitement chirurgical n’est réalisé qu’en cas de rupture franche du canal de Wirsung ou à la phase de complications (pancréatite non jugulée par le traitement médical ou kyste avec retentissement fonctionnel). La pancréatectomie caudale ou la dérivation kysto-intestinale sont alors les gestes les plus fréquemment réalisés.


D - LES LESIONS INTESTINALES

La simple dilatation gastrique est fréquente en cas de traumatisme abdominal du fait de l’iléus réflexe chez l’enfant. Celle-ci néanmoins peut aggraver de façon dramatique la détresse respiratoire et nécessite la mis en place d’une sonde gastrique.

La rupture gastrique est plus fréquente que chez l’adulte; le diagnostic peut être réalisé devant un pneumo-péritoine important ou l’existence d’un contenu anormal et sanglant après tentative de mise en place d’une sonde gastrique. La position anormale de celle-ci sur le simple cliché de l’abdomen peut faire le diagnostic; les lésions sont le plus souvent situées sur la grande courbure de l’estomac et au niveau du fundus, le traitement chirurgical en est la fermeture primaire après parage.

Les lésions duodénales
Du fait de la riche vascularisation sous-muqueuse et sous-séreuse, l’hématome après choc direct est fréquent. Celui-ci peut entraîner une occlusion fonctionnelle par compression intra-luminale. L’anémie et l’hyperleucocytose sont fréquentes. Le diagnostic est réalisé par l’échographie, voire un transit gastro-duodénal. Il faut penser à une pathologie préexistante du type hématologique en cas de saignements, ou d’hématome très important. (Maladie de Willebrand, purpura trombocytopénique). L’existence de quelques images aériques dans l’arrière cavité des épiploons peut être évocatrice d’une rupture. Le tableau clinique est alors celui d’une péritonite.

Les autres lésions intestinales : l’hématome du mésentère est retrouvé à l’échographie; les perforations intestinales, localisées préférentiellement au niveau des 2 points fixes de l’intestin : l’angle de Treitz et la dernière anse iléale entraînent un pneumopéritoine, celui-ci peut être important dans la première localisation. Il faut toujours penser à la multiplicité des lésions. Les lésions coliques et rectales se voient le plus souvent après abus sexuels ou empalement périnéal. Elles nécessitent dans la majorité des cas un parage sous anesthésie générale avec ou non colostomie de décharge si l’on craint une contamination du petit bassin sous péritonéal.


E - LES LESIONS RENALES

Les ruptures du rein sont de loin plus fréquentes que les lésions du bas appareil urinaire. Elles représentent 10 % des lésions des organes pleins abdominaux. L’impact lombaire est rarement visible sous forme d’ecchymose. Les principaux signes sont par ordre de fréquence décroissante : l’hématurie, la douleur lombaire avec contracture abdominale, parfois un syndrome de masse ; l’iléus paralytique est la règle.

Il peut se produire des rétentions urinaires par caillotage intra-vésical. Les lésions peuvent aller de la simple contusion rénale à l’effraction de la capsule avec hématome et la rupture des cavités pyélo-calicielles avec uro-hématome.

Le diagnostic lésionnel est réalisé de la meilleure façon par le scanner. Seul, un rein muet peut justifier une artériographie préopératoire à visée étiologique pour adapter la technique chirurgicale. A défaut de pouvoir réaliser un scanner, l’échographie Doppler et l’urographie intraveineuse sont alors indispensables pour apprécier le retentissement morphologique et fonctionnel de la rupture rénale.

Le traitement : l’abstention chirurgicale est réalisée de principe; la chirurgie peut se discuter devant un uro-hématome résistant au drainage interne par endoscopie (sonde urétérale) ou devant des lésions entraînant la perte fonctionnelle d’une partie importante du rein (pôle supérieur ou inférieur). Le traitement est le plus conservateur possible.

Les traumatismes du bas appareil urinaire sont plus rares, les ruptures de l’urètre antérieur sont le plus souvent secondaires à des chutes à califourchon provoquant des écrasements urétraux avec hématome du périnée et du scrotum. Les ruptures de l’urètre postérieur sont toujours associées à un traumatisme très important avec fracture du bassin. Le mécanisme est la désinsertion du bloc vésico-prostatique sectionné par le diaphragme uro-génital. Le traitement de ces ruptures totales de l’urètre en urgence est la mise en place d’un cathéter de cystostomie. L’abord chirurgical dans le cadre de l’urgence, ne se justifie que devant des lésions très importantes. Le pronostic fonctionnel doit être alors réservé. Les ruptures de la vessie peuvent s’apparenter du point de vue diagnostic et thérapeutique aux ruptures des organes creux intestinaux, si elles sont intra-péritonéales. Si la rupture reste sous-péritonéale, le tableau est celui d’un état infectieux. Il faut toujours y penser devant des fractures du bassin.


F - LES LESIONS DIAPHRAGMATIQUES

Le diaphragme peut être lésé, que le choc soit abdominal ou thoracique. C’est l’hyper pression en règle qui est à l’origine de la rupture diaphragmatique. La migration des organes intra-abdominaux peut être retardée par rapport au choc avec constitution progressive de la hernie. L’auscultation permet de retrouver une diminution des bruits respiratoires et l’existence de bruits intestinaux en position anormale. La radiographie du thorax fait en régle le diagnostic mais un épanchement pleural peut masquer la hernie. La localisation élective est gauche, l’exploration per-opératoire n’est pas toujours facile, mais doit être systématique dans tous les cas et le traitement, toujours chirurgical (réparation primaire).


G - LES PLAIES PENETRANTES


Le point d’entrée peut être situé à distance de l’abdomen. Toute plaie ayant franchi le péritoine est dite pénétrante.
Le dogme de l’exploration chirurgicale systématique ne peut être remis en question que dans un centre ultra-spécialisé. Toutes les plaies par arme à feu doivent être explorées. Par contre, les plaies pénétrantes par arme blanche n'entraînent de lésions intra-abdominales que dans 20 % des cas. Le traitement chirurgical sera fonction des lésions constatées (lésion pariétale) et reste dans la majorité des cas, le plus conservateur possible.


VI - LE TRAUMATISME ABDOMINAL : PRONOSTIC

La mortalité après traumatisme abdominal isolé est inférieure à 3 %. La mortalité du traumatisé abdominal dans le cadre d’un polytraumatisme est de 14 %. Si 75 % des enfants peuvent espérer un rétablissement normal , 11 % garderont des séquelles et 0,5 % resteront dans un état végétatif.
Si la mortalité et la morbidité en cas de traumatisme abdominal isolé sont moindres, elles ne sont cependant pas négligeables. Les changements de conception thérapeutique et tout particulièrement le traitement conservateur des lésions des organes pleins a du s’opposer à de nombreux dogmes médico-chirurgicaux pour s’imposer. Une surveillance longtemps poursuivie plus encore du fait de ce traitement conservateur est nécessaire. La restauration fonctionnelle ad integrum est cependant possible. La diminution des accidents du fait d’ une réelle prévention seront les atouts les plus importants dans le futur pour diminuer encore la morbidité du traumatisé de l’abdomen.


VII - POUR EN SAVOIR PLUS

1 - Les traumatismes sévères de l’enfant.
O. PAUT - T. JOUGLET - J. CAMBOULIVES
Arch. Pediatr. 1997; 4 : 443-459

2 - Les traumatismes fermés du rein.
P. DEBEUGNY . P. 237-258 dans Pathologie rénale de l’enfant - (Monographie du Collège National de Chirurgie Pédiatrique)
Sauramps Médical 1995

3 - Les traumatismes du rectum.
P. DEBEUGNY. P. 141-162 dans le Rectum pédiatrique. J.M. GUYS (Monographie du Collège National de Chirurgie Pédiatrique).
Sauramps Médical 1995

4 - Les traumatismes du foie et des voies biliaires.
J.F. DYON P. 171-188 dans Chirurgie hépato-biliaire de l’enfant. R.B. GALIFER (Monographie du Collège National de Chirurgie Pédiatrique).
Sauramps Médical, 1994

5 - Pediatric trauma : prevention, acute care, rehabilitation.
M. EICHELBERGER ,
Mosby-Year Book 1993, 700 p